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L’agroécologie : nouveau pilier d’un système alimentaire cubain sous pression
Peinture ornant les murs d'une station de recherche agricole cubaine. © R. Belmin, CIRAD
Une résilience qui change de nature
Longtemps fondée sur une planification centralisée et un contrôle étatique strict de la production et de la distribution alimentaires, la résilience cubaine repose désormais sur un autre équilibre. Le système n’a pas résisté en restant inchangé : il s’est reconfiguré.
Aujourd’hui, ce sont les formes décentralisées et hybrides d’agroécologie, portées principalement par le secteur non étatique qui assurent l’essentiel de la production et approvisionnement alimentaires. Petites exploitations, coopératives et initiatives locales innovent, combinant savoirs traditionnels, connaissances scientifiques et stratégies d’autonomie et de frugalité pour compenser la raréfaction des ressources importées, à l’image des bio-intrants locaux par exemple.
Ce basculement marque un tournant : la sécurité alimentaire ne dépend plus prioritairement et uniquement de l’appareil central, mais d’un tissu productif plus diffus, adaptable et ancré dans les territoires. La reconnaissance du secteur informel (ou non étatique) devient une composante en soit de gouvernance du système alimentaire.
Cette transformation se traduit concrètement dans les pratiques agricoles.
Faute d’engrais, les agriculteurs fabriquent leurs propres solutions
Face aux pénuries d’engrais et de pesticides, l’agriculture cubaine se réinvente. Les travaux du CIRAD montrent que les bio-intrants, fertilisants et traitements naturels produits localement sont devenus essentiels pour continuer à produire.
Longtemps organisée autour de biofabriques publiques, la production de ces intrants biologiques est aujourd’hui freinée par les difficultés économiques et énergétiques. Résultat : de plus en plus d’agriculteurs fabriquent leurs propres solutions à la ferme, à partir de micro-organismes, de plantes ou de déchets organiques.
Ces recherches mettent en évidence un basculement : l’innovation agricole ne vient plus seulement des structures de l’État, mais aussi du terrain. Encore peu reconnue, cette dynamique joue pourtant un rôle clé dans la résilience alimentaire du pays.
Un tournant politique assumé
Fait notable, cette dynamique trouve désormais une reconnaissance officielle à travers la promulgation en septembre 2025 du décret-loi 128/2025, qui inscrit l’agroécologie comme un levier stratégique national. Le texte met en avant trois objectifs majeurs :
- renforcer la souveraineté alimentaire
- préserver les écosystèmes
- protéger la santé publique
Cette évolution traduit une inflexion importante du rôle de l’État. D’un modèle centré sur la planification et la distribution, il tend désormais vers une posture de facilitateur d’une transition agroécologique du système alimentaire.
Vers un nouveau modèle hybride
L’État cubain ne renonce pas à son rôle historique, il s’adapte sous contraintes. Il accompagne désormais :
- l’autonomie en intrants (notamment via les bio-intrants)
- la relocalisation de la production
- le développement de systèmes agricoles résilients à l’échelle locale
Ce repositionnement reflète une réalité de terrain : face à la contraction des ressources externes, les ressources humaines et collectives structurent des capacités d’innovations basées sur les ressources locales.
Un cas d’école de résilience face aux crises géopolitiques
Le cas cubain éclaire une forme spécifique de résilience et ou de robustesse : celle d’un système alimentaire confronté à des crises multiples et durables, et capable de se reconfigurer sous contrainte. Cette dynamique ne garantit ni stabilité ni autosuffisance, mais permet au pays de fonctionner malgré des fragilités structurelles persistantes.
À ce titre, l’expérience Cubaine documente comment adapter des systèmes alimentaires à un contexte mondial marqué par des incertitudes énergétiques et géopolitiques croissantes.
Derrière le cas cubain se cache une question essentielle : comment adapter l’alimentation d’un pays quand les crises s’installent dans la durée ? Cuba montre qu’il ne s’agit ni de tout produire seul, ni de suivre un modèle unique, mais de combiner différentes solutions — en s’appuyant à la fois sur l’État, les initiatives locales, les technologies et l’agroécologie. Un modèle en évolution, qui pourrait inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes difficultés.