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Construire la confiance pour des filières agricoles résilientes
Visite de terrain au CFPPA du Lorrain, essai Cirad. © Laurent Parrot, Cirad
En analysant les filières agricoles martiniquaises, ces articles montrent que la confiance n’est ni spontanée ni un simple produit des incitations économiques mais une démarche collective volontaire au cœur de la performance, de la résilience et de la durabilité des alliances d’acteurs.
Ces travaux nous invitent à considérer la confiance et ses composantes comme un capital stratégique de bonne gouvernance. En la plaçant au cœur des politiques de structuration et de résilience, ils offrent des clés concrètes pour dépasser les blocages récurrents entre acteurs et accompagner des trajectoires de développement plus inclusives, performantes et durables.
La confiance comme condition de l’action collective durable
La confiance constitue un déterminant central de la capacité des acteurs à coopérer dans la durée. L’un des articles* montre que dans la filière canne-sucre-rhum, la stabilité des relations entre producteurs, transformateurs et pouvoirs publics repose sur une confiance institutionnalisée, nourrie par des règles claires, des compétences reconnues et une vision partagée. À l’inverse, dans la filière maraîchère, l’absence de confiance organisationnelle fragilise les tentatives de structuration collective, malgré des objectifs économiques et territoriaux largement consensuels. La confiance apparaît ainsi comme une condition de possibilité de l’alliance entre acteurs, et non comme son simple résultat.
Transparence, vulnérabilité et reconnaissance : les fondations de la confiance
Les articles convergent pour montrer que la confiance se construit à l’intersection de trois dimensions clés. Premièrement, la transparence : le partage d’informations fiables sur les règles du jeu, les flux économiques et les responsabilités respectives est indispensable pour réduire les incertitudes et limiter les soupçons d’opportunisme. Deuxièmement, l’acceptation de la vulnérabilité : accorder sa confiance implique d’accepter un risque, ce qui suppose des cadres collectifs capables de sécuriser les engagements. Troisièmement, la reconnaissance des statuts professionnels et des compétences : sans légitimité technique et organisationnelle clairement établie, la confiance ne peut s’ancrer durablement.
Le paradoxe de la résilience sans confiance
Un apport transversal majeur de l’article portant sur les relations entre confiance, vulnérabilité et résilience**, réside dans l’identification d’un paradoxe stratégique : les stratégies individuelles de diversification, largement mobilisées par les acteurs maraîchers pour faire face à l’incertitude, renforcent leur résilience économique à court terme mais affaiblissent la confiance collective avec leurs homologues au sein des filières et des territoires ; plus particulièrement lorsqu’elles se développent en dehors de cadres formels.
Cette fragmentation limite la capacité des acteurs à parler d’une seule voix, à négocier avec les institutions et à défendre des intérêts de filière à moyen et long terme. La confiance apparaît alors comme un facteur de résilience systémique et collectif, distinct de la seule capacité d’adaptation individualisée. Autrement dit, sans confiance il ne peut persister de trajectoires de développement plus inclusives, performantes et durables.
Implications pour les décideurs publics
Pour l’action publique, ces enseignements appellent un changement de focale. Renforcer la confiance ne relève pas uniquement de la communication ou de la moralisation des comportements, mais d’un investissement stratégique dans les conditions sociales et institutionnelles de la coopération. Cela implique de soutenir la production de données partagées, de professionnaliser les organisations collectives, de sécuriser les engagements par des règles lisibles, et de créer des espaces de dialogue où les conflits peuvent être explicités et traités. La confiance se construit dans la durée, par la cohérence et la prévisibilité de l’action publique.
Ces réflexions ont permis d’organiser une conférence-débat *** autour de regards croisés politiques, économiques, agronomiques, et de santé publique, le 12 septembre 2024 à l'université des Antilles.