Quand l'élevage bovin accompagne la réduction de l’utilisation du Glyphosate !

19/08/2026
Le projet Territoires Durables 2, financé par l’OFB dans le cadre de la stratégie Ecophyto (2024 – 2026), élargit en Guadeloupe les travaux engagés entre 2019 et 2023 sur l’utilisation d’animaux de service en bananeraie. Après avoir démontré l’efficacité du pâturage des moutons pour gérer l’enherbement sous bananeraie sans recours au glyphosate, cette nouvelle phase explore une approche inédite : utiliser des bovins pour détruire les bananeraies en fin de vie avant leur mise en jachère, en s’appuyant sur une pratique d’élevage déjà présente sur le territoire.
Bovin détruisant une bananeraie en fin de vie. © Steewy Lakhia, CIRAD
Bovin détruisant une bananeraie en fin de vie. © Steewy Lakhia, CIRAD

Bovin détruisant une bananeraie en fin de vie. © Steewy Lakhia, CIRAD

En Guadeloupe, le projet Territoires Durables a démontré que l’introduction d’animaux de services pouvait permettre de contrôler l’enherbement dans les bananeraies et ainsi s’affranchir de l’utilisation de Glyphosate et plus largement d’herbicides. Traditionnellement, les bovins sont utilisés pour valoriser les jachères et contrôler l’enherbement. Inspiré de cette pratique, l’innovation testée mobilise les bovins pour détruire les bananeraies en fin de vie, précédant la phase de jachère. A ce jour, le glyphosate reste fortement utilisé pour la destruction des bananeraies en fin de vie : chaque pied de bananier est détruit par une injection pour éviter toute repousse et garantir la qualité de l’assainissement lors de la jachère.

Une enquête pour analyser la perception de la mobilisation des bovins 

Une enquête préliminaire menée auprès de 10 agriculteurs et 9 partenaires techniques et scientifiques des filières de la banane et de l’élevage a documenté les pratiques existantes pour la destruction des bananeraies en fin de vie. La pratique est globalement perçue comme pertinente car elle repose sur des pratiques traditionnelles existantes. Les agriculteurs mettent en avant les bénéfices agroécologiques, notamment la réduction de l’utilisation d’intrants chimiques et particulièrement du glyphosate, tandis que les institutions techniques et scientifiques recommandent la prudence afin de mobiliser des animaux déjà présents dans la zone et ne pas introduire des animaux non contaminés à la chlordécone.

Ces résultats permettent une première évaluation de la faisabilité de l’utilisation des bovins pour la destruction des bananeraies en fin de vie.

Un atelier de co-conception pour préparer l’expérimentation de la pratique

Afin d’intégrer ce levier agroécologique dans un nouvel itinéraire technique, les acteurs du territoire se sont mobilisés le 24 mars 2026. Autour de la table étaient réunis, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF), l'Interprofession Guadeloupéenne de la Viande et de l'Élevage (IGUAVIE), l'Association pour la protection sanitaire des élevages de GWADLOUP (SANIGWA), Les Producteurs de Guadeloupe (LPG) ainsi que l'Institut technique tropical (IT²).

Atelier de co-construction. © Nadine Andrieu, CIRAD

Atelier de co-construction. © Nadine Andrieu, CIRAD

Durant l’atelier de co-conception, quatre questions principales ont structuré les échanges et ont permis de confronter les différents avis :

  • Quelles sont les modalités de mise en œuvre de la pratique lors d’une phase expérimentale ?
  • Quels sont les indicateurs de performance d’intérêt pour l’agriculteur et/ou pour l’éleveur, pour les filières, pour les institutionnels ?
  • Comment valoriser au mieux les animaux présents dans la zone ?
  • Quels sont les risques associés au changement d’échelle de la pratique ?

Les échanges ont permis d’identifier que cette alternative est vue comme pertinente à déployer dans les zones à fortes contraintes pédoclimatiques (zones montagneuses non mécanisables à forte pluviométrie). Les participants proposent de la combiner à d’autres pratiques de destruction des bananiers tel que l’œilletonnage à blanc.

Différents indicateurs économiques, agronomiques et zootechniques ont été identifiés tels que l’élimination du parasitisme tellurique, la croissance des plantes et des animaux, la chlordéconémie et le bien-être animal des bovins, le coût de la pratique et enfin l’impact du chargement animal sur la fertilité du sol.

Des questions sanitaires ont également émergé des échanges, notamment concernant l’origine des animaux : faut-il privilégier l’introduction d’animaux de Grande-Terre vers la Basse-Terre, ou se concentrer sur les bovins de la zone d’étude (croissant bananier, Sud Basse-Terre) ? Cette deuxième option semble la plus souhaitable pour les acteurs, considérant qu’il y a un cheptel bovin présent dans la zone.  

Une pratique prometteuse qui reste à expérimenter

Développer des alternatives agroécologiques faisant appel aux animaux et les services rendus est prometteur. Néanmoins le métier d’éleveur ne s’improvise pas. Dans ce contexte, la coopération entre planteurs et éleveurs apparaît nécessaire pour co-construire les modalités concrètes de la pratique et l’expérimenter sur le terrain et à plus grande échelle.

Cet atelier a été l’opportunité de réunir des acteurs ayant des perspectives complémentaires sur la pratique dans ses dimensions agronomiques, zootechniques, sanitaires ou institutionnelles et permet de calibrer les modalités d’expérimentation de cette pratique innovante qui offre de nouvelles perspectives de réduction de l’utilisation des herbicides aux Antilles.