SafeVeg : cinq années de recherche et de partenariats pour transformer durablement le maraîchage en Afrique de l’Ouest

27/07/2026
Après cinq années de recherche au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, le projet Safe Locally-Produced Vegetables For West Africa’s Consumers - SafeVeg livre des résultats importants pour l’avenir du maraîchage en Afrique de l’Ouest. Amélioration variétale, développement de pratiques agroécologiques, structuration des systèmes semenciers, accompagnement des producteurs et renforcement des réseaux d’acteurs : coordonné par le World Vegetable Center et mis en œuvre avec le CIRAD, Wageningen University & Research et leurs partenaires nationaux, le projet a mobilisé recherche et innovation pour favoriser une production locale de légumes plus sûre, nutritive et résiliente face au changement climatique.
Légumes frais sur un marché © Photo libre de droits – magnific.com
Légumes frais sur un marché © Photo libre de droits – magnific.com

Légumes frais sur un marché © Photo libre de droits – magnific.com

Cinq années pour agir sur l'ensemble de la filière maraîchère

Comment améliorer durablement la disponibilité et la consommation de légumes sains en Afrique de l’Ouest tout en renforçant les capacités des producteurs à faire face aux contraintes climatiques, sanitaires et économiques ?

C’est autour de cette problématique qu’a été construit le projet SafeVeg – Safe Locally-Produced Vegetables for West Africa’s Consumers, déployé au Bénin, au Burkina Faso et au Mali.

Lancé en 2020 pour une durée de cinq ans, SafeVeg a été coordonné par le World Vegetable Center (WorldVeg), Il a été mis en œuvre en partenariat avec le Cirad et Wageningen University & Research (WUR), ainsi qu’avec les principaux instituts nationaux de recherche agricole des trois pays d’intervention.

Le projet a bénéficié du soutien financier de l’Union européenne et du ministère des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas, dans le cadre du programme DeSIRA – Development Smart Innovation through Research in Agriculture.

SafeVeg s’est donné pour ambition d’intervenir simultanément sur plusieurs maillons du système maraîcher : disponibilité de semences performantes, pratiques de production, résilience climatique, réduction des risques sanitaires, consommation de légumes, accès aux marchés, développement entrepreneurial et production de connaissances utiles aux politiques publiques.

Application de compost enrichi en micro-organismes dans le cadre d'une expérimentation en milieu paysan à Kpomassè au Bénin © A. De Troij, Cirad

Application de compost enrichi en micro-organismes dans le cadre d'une expérimentation en milieu paysan à Kpomassè au Bénin © A. De Troij, Cirad

68 nouvelles variétés pour diversifier l'offre aux producteurs

L’un des résultats les plus significatifs du projet concerne l’amélioration de l’offre variétale disponible pour les maraîchers.

Au terme du projet, 68 nouvelles variétés de légumes ont été officiellement homologuées au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, constituant une avancée importante pour les filières maraîchères de ces trois pays.

Tomate, gombo, piment, oignon, amarante, oseille de Guinée ou encore corète potagère figurent parmi les espèces concernées.

Ces variétés ont été évaluées selon différents critères agronomiques et de qualité, notamment leur adaptation aux conditions locales de production, leur rendement ou leur capacité à mieux résister à certaines maladies et certains ravageurs.

Le nombre de variétés officiellement reconnues dans les trois pays est ainsi passé d'environ 70 à 138, renforçant considérablement les possibilités offertes aux producteurs.

Au-delà de l’homologation, l’enjeu réside désormais dans la multiplication et la diffusion de ces semences afin qu’elles soient effectivement accessibles aux maraîchers. Le projet s’est donc également intéressé au renforcement des entreprises semencières et des réseaux d’acteurs capables d’accompagner leur diffusion.

Le CIRAD au cœur de la transition agroécologique des systèmes maraîchers

Au sein du consortium SafeVeg, le CIRAD a assuré la responsabilité de la composante consacrée à la production de légumes sains et résilients au climat et aux pratiques post-récolte.

Les activités du Cirad dans le projet ont été coordonnées par Djibril Aboubakar Souna, chercheur au Cirad, avec les équipes scientifiques et les partenaires mobilisés dans les trois pays.

Cette composante s’est notamment intéressée à la réduction de l’utilisation des intrants de synthèse, à la protection agroécologique des cultures, à l’adaptation des systèmes maraîchers au changement climatique ainsi qu’à l’identification de solutions permettant de réduire les pertes lors de la production et après récolte.

L’approche privilégiée a reposé sur l’expérimentation mais également sur la participation directe des acteurs du terrain.

Au Bénin, par exemple, chercheurs, producteurs, conseillers agricoles, entreprises, organisations professionnelles et acteurs du développement ont été associés à un processus de co-conception de systèmes maraîchers agroécologiques et durables.

Après plusieurs étapes de diagnostic et de formation, un atelier d’idéotypage organisé à Abomey-Calavi en juin 2025 a permis aux participants d'imaginer collectivement des systèmes de production répondant aux principales contraintes identifiées sur le terrain.

Cette démarche permet de ne pas envisager l’agroécologie comme un ensemble de solutions techniques isolées, mais comme une transformation progressive des systèmes de production construite avec ceux qui les mettent en œuvre.

Atelier d'idéotypage, Co-conception de systèmes de production maraîchers agroécologiques et durables au Bénin © SafeVeg Benin

Atelier d'idéotypage, Co-conception de systèmes de production maraîchers agroécologiques et durables au Bénin © SafeVeg Benin

De nouvelles pratiques pour réduire la dépendance aux intrants chimiques

La protection des cultures constitue un enjeu central du maraîchage ouest-africain. Face aux ravageurs et maladies, les producteurs peuvent être fortement dépendants des pesticides de synthèse, avec des conséquences potentielles sur leur santé, celle des consommateurs et l’environnement.

SafeVeg a donc travaillé sur des solutions alternatives adaptées aux conditions locales.

Des pratiques agroécologiques et climato-intelligentes ont été identifiées, testées et adaptées avec des producteurs pilotes. Les travaux ont notamment porté sur la gestion agroécologique de certains ravageurs, l’utilisation d’engrais organiques et de biopesticides ainsi que sur des méthodes de lutte biologique.

L’objectif était double : préserver les performances des exploitations maraîchères tout en diminuant progressivement leur dépendance aux intrants chimiques. Les innovations les plus prometteuses ont ensuite vocation à être diffusées plus largement auprès des producteurs, en tenant compte non seulement de leur efficacité agronomique mais également de leur rentabilité et de leur capacité à être adoptées dans les conditions réelles des exploitations.

Une approche qui associe production, marchés et consommation

La particularité de SafeVeg réside également dans son approche globale.

Le projet ne s’est pas limité à la parcelle agricole. Il s’est intéressé à l'ensemble de l'environnement permettant aux légumes d'être produits, commercialisés et consommés.

Des travaux ont ainsi porté sur la demande et les comportements alimentaires, le développement des marchés, la structuration de réseaux d’entreprises maraîchères, l’accès aux semences de qualité ainsi que la production de connaissances susceptibles d’éclairer les politiques publiques.

Les Vegetable Business Networks, ou réseaux d’entreprises maraîchères, ont notamment permis de rapprocher producteurs et autres acteurs économiques autour d’opportunités communes. Ces dynamiques contribuent à renforcer l’accès au marché et à créer de nouvelles opportunités économiques, notamment pour les femmes et les jeunes.

Cette articulation entre recherche agronomique, nutrition, économie et politiques publiques traduit la volonté du projet de considérer le maraîchage comme un système dans son ensemble.

Un partenariat scientifique ancré dans les trois pays

La mise en œuvre de SafeVeg s’est appuyée sur un important dispositif partenarial.

Aux côtés du World Vegetable Center, du CIRAD et de Wageningen University & Research, les trois principaux instituts nationaux de recherche agricole ont joué un rôle central :

  • l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB) au Bénin ;
  • l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) au Burkina Faso ;
  • l’Institut d’économie rurale (IER) au Mali.

Selon les activités, le projet a également associé des universités, organisations de producteurs, ONG, entreprises semencières, structures d’appui-conseil, acteurs privés et administrations publiques.

Au Bénin, plusieurs activités conduites dans le cadre de la composante pilotée par le CIRAD ont par exemple mobilisé, aux côtés de l’INRAB et de WorldVeg, des acteurs tels que l’Université d’Abomey-Calavi, l’Université nationale d’agriculture, des organisations de producteurs et des structures privées ou associatives.

Cette diversité d’acteurs a permis de confronter les innovations développées par la recherche aux réalités des exploitations et des marchés.

Faire vivre les acquis après SafeVeg

La clôture du projet ne marque pas la fin des dynamiques engagées.

L’un des principaux enjeux consiste désormais à favoriser la diffusion à plus grande échelle des innovations produites au cours des cinq années de SafeVeg.

Pour les nouvelles variétés homologuées, cela suppose notamment de consolider les systèmes de multiplication et de distribution des semences afin qu’elles deviennent réellement accessibles aux producteurs.

Leur intégration progressive dans le catalogue régional des espèces et variétés végétales de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS pourrait également contribuer à faciliter leur circulation au-delà des frontières nationales et à accroître leur impact à l’échelle régionale.

Pour les pratiques agroécologiques, l’enjeu sera de poursuivre leur appropriation par les producteurs, les organisations professionnelles, les services de conseil et les acteurs privés.

Les résultats obtenus par SafeVeg montrent ainsi tout l’intérêt d’une approche associant recherche, expérimentation de terrain, amélioration variétale, agroécologie, développement économique et politiques publiques.

En cinq années, le projet aura contribué à renforcer les bases scientifiques et partenariales nécessaires à une transformation durable du secteur maraîcher au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, avec une ambition commune : rendre les légumes locaux plus disponibles, plus sûrs et plus accessibles, tout en améliorant la résilience et les revenus de celles et ceux qui les produisent.