AMRUGE : de la recherche aux innovations de terrain pour accompagner les transitions agricoles en Côte d’Ivoire

17/06/2026
Financé par l’Agence française de développement dans le cadre du deuxième Contrat de Désendettement et de Développement (C2D), le projet d’Appui à la Modernisation et la Réforme des Universités et des Grandes Écoles de Côte d’Ivoire (AMRUGE) s’est achevé en décembre 2025. Mis en œuvre sous la maîtrise d’ouvrage du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique avec l’appui du CIRAD , il a permis, entre 2017 et 2025, de renforcer durablement les capacités de recherche, de formation et d’innovation en Côte d’Ivoire. De la modernisation des universités publiques au développement d’innovations pour les filières agricoles, le projet a accompagné la production de connaissances, le renforcement des infrastructures scientifiques et l’émergence de solutions innovantes dans les domaines de l’élevage, du coton, des fruits et du maraîchage. Retour sur les principaux résultats de ce programme au service du développement agricole ivoirien.
Marché de bord de route, Côte d’Ivoire © C. Cilas, Cirad
Marché de bord de route, Côte d’Ivoire © C. Cilas, Cirad

Marché de bord de route, Côte d’Ivoire © C. Cilas, Cirad

AMRUGE en chiffres

  • 8 années de mise en œuvre (2017-2025)
  • Financement : Agence française de développement (AFD), dans le cadre du deuxième Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) entre la France et la Côte d'Ivoire.
  • Plus de 1,1 milliard FCFA mobilisés
  • 6 universités publiques accompagnées
  • 16 salles de travaux pratiques diagnostiquées
  • 1 unité pilote semi-industrielle de production de biopesticides créée
  • 8 biopesticides développés
  • 44 lignées F4 obtenues dans les travaux de sélection cotonnière
  • 80 espèces d’adventices identifiées en zone cotonnière
  • 40 encadreurs formés aux techniques de fertilisation organique
  • Des centaines de chercheurs, techniciens, éleveurs et producteurs formés

Appui à l’identification des équipements scientifiques pour les universités publiques de Côte d’Ivoire

Dans le cadre du volet 3 du projet AMRUGE, le CIRAD a conduit, à la demande du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de Côte d’ivoire (MESRS), une étude d’identification des besoins en équipements scientifiques des universités publiques ivoiriennes.

Cette mission a concerné six établissements d’enseignement supérieur : l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), l’Université Nangui Abrogoua (UNA), l’Université Alassane Ouattara (UAO), l’Université Péléforo Gon Coulibaly (UPGC), l’Université Jean Lorougnon Guédé (UJLoG) et l’Université de Man. Au total, seize salles de travaux pratiques ont fait l’objet d’un diagnostic approfondi.

Mobilisant une quinzaine d’experts issus des sciences de la santé, des sciences et technologies, des sciences agronomiques et des infrastructures universitaires, l’étude a permis d’évaluer les infrastructures existantes, l’état des équipements, les besoins des enseignants-chercheurs et les capacités humaines disponibles.

Les résultats ont abouti à l’élaboration de listes détaillées d’équipements assorties de spécifications techniques et d’estimations budgétaires. Ces travaux ont servi de référence pour les procédures d’acquisition d’équipements financées dans le cadre du C2D.

Une unité de recherche industrielle pour développer les biopesticides

L’un des acquis majeurs du projet concerne la création et le renforcement de l’Unité de Recherche Industrielle (URI) de l’Université Félix Houphouët-Boigny.

Grâce à l’appui du projet, l’URI dispose désormais d’une unité pilote de production de biopesticides à échelle semi-industrielle comprenant des laboratoires équipés, des systèmes de distillation, des équipements de formulation et des dispositifs de conditionnement.

Cette infrastructure permet de produire des solutions alternatives aux pesticides chimiques, répondant aux enjeux de santé publique, de protection de l’environnement et de compétitivité des filières agricoles.

Des parcelles de plantes aromatiques ont été installées afin d’assurer l’approvisionnement en matières premières. Huit biopesticides ont ainsi été développés, dont plusieurs homologués pour des usages sur la mangue, la banane, le cacao et l’igname.

Le projet a également permis la réalisation d’un business plan pour la gamme de biopesticides NECO ainsi que la production de kits pédagogiques et l’organisation de formations destinées aux producteurs et aux utilisateurs.

Préserver les ressources génétiques et améliorer les systèmes d’élevage

Dans le domaine de l’élevage, les travaux ont porté sur la caractérisation des ressources génétiques animales, l’amélioration des systèmes d’alimentation et le renforcement des capacités des acteurs de la filière.

Des monographies ont été élaborées sur les principales races locales de ruminants, N’Dama, Djallonké et chèvre NAO, tandis qu’un diagnostic des systèmes d’élevage a été réalisé à travers des enquêtes de terrain et des ateliers associant éleveurs et organisations professionnelles.

Une collection de plantes fourragères a été constituée à Bouaké et caractérisée. Des itinéraires techniques de production ont été développés et des semences de Panicum maximum produites afin de favoriser la diffusion de ressources fourragères adaptées aux conditions locales.

Le projet a également permis l’identification, la caractérisation et le suivi d’animaux de race pure grâce à des approches phénotypiques et moléculaires. Plusieurs stratégies d’alimentation ont ensuite été testées en station et en milieu paysan afin d’améliorer durablement les performances des élevages.

Ces activités ont été accompagnées d’un important programme de renforcement des capacités comprenant des formations de chercheurs, des missions d’expertise, la constitution d’un fonds documentaire spécialisé ainsi que des sessions de formation destinées aux éleveurs et aux agents des services techniques.

Accompagner la transition des systèmes cotonniers

Le sous-volet consacré au coton a permis d’apporter des réponses aux défis liés au changement climatique, aux ravageurs, à la gestion des adventices et à la fertilité des sols.

Les travaux menés auprès des producteurs ont permis de mieux comprendre leurs stratégies d’adaptation face aux évolutions climatiques et d’orienter les recherches vers des solutions répondant aux réalités du terrain.

Dans le domaine de l’amélioration variétale, les croisements réalisés ont conduit à l’obtention de 44 lignées F4, enrichissant ainsi la diversité génétique disponible pour les futurs programmes de sélection.

Des avancées significatives ont également été enregistrées dans la sélection assistée par marqueurs moléculaires, avec l’identification d’un marqueur associé à la résistance à la fusariose.

Parallèlement, un dispositif numérique de surveillance phytosanitaire a été mis en place dans une trentaine de localités afin de renforcer les capacités de veille et d’alerte.

Les recherches sur les adventices ont permis d’identifier près de 80 espèces de mauvaises herbes, dont six particulièrement dominantes. Des solutions alternatives à l’usage d’herbicides chimiques, basées sur les associations et successions culturales, ont démontré leur efficacité pour réduire durablement l’enherbement.

Enfin, les travaux consacrés à la fertilité des sols ont permis de développer et diffuser des techniques innovantes de compostage et de valorisation de la matière organique, accompagnées par la formation de 40 encadreurs des sociétés cotonnières.

Des innovations pour les filières mangue et anacarde

Transformation de fruits et de légumes biologiques notamment la mangue © biostar, Arnaud Chapuis

Transformation de fruits et de légumes biologiques notamment la mangue © biostar, Arnaud Chapuis

Le projet a également contribué à renforcer la compétitivité des filières mangue et anacarde grâce à des recherches portant sur la protection phytosanitaire, la prévision des récoltes et l’amélioration variétale.

Concernant la mangue, les essais réalisés ont confirmé l’efficacité du biopesticide NECO et de l’huile essentielle de Lippia multiflora contre les mouches des fruits, principal ravageur de la filière dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Les recherches ont également permis d’identifier les plantes hôtes servant de refuges aux mouches des fruits et de mieux comprendre leur dynamique dans les paysages agricoles.

Des avancées importantes ont aussi été obtenues dans la lutte contre l’anthracnose et la bactériose du manguier. Une cartographie de ces maladies a été réalisée et plusieurs biopesticides se sont révélés efficaces pour leur contrôle.

Le projet a par ailleurs permis la mise au point d’un modèle de prévision de récolte fondé sur les données climatiques et les observations de terrain. Ces travaux contribuent à améliorer la planification des récoltes, à réduire les pertes post-récolte et à renforcer la compétitivité des exportations ivoiriennes de mangue.

Dans la filière anacarde, vingt-quatre génotypes ont été caractérisés selon leur rendement, leur sensibilité aux maladies et leurs mécanismes de défense naturels. Quinze génotypes particulièrement prometteurs ont été identifiés pour la poursuite des programmes de sélection.

Favoriser la transition agroécologique des systèmes maraîchers

Dans les régions de Gbêkê et du Poro, les activités ont visé à accompagner la transition agroécologique des systèmes de production maraîchers.

Après un diagnostic approfondi des exploitations, plusieurs travaux ont porté sur l’évaluation de l’arrière-effet de cultures de légumineuses telles que l’arachide, le niébé ou le soja sur les productions d’aubergine, de tomate et de gombo.

Les résultats obtenus confirment l’intérêt de ces rotations culturales pour améliorer la fertilité des sols et réduire la dépendance aux intrants chimiques.

Des essais sur l’utilisation de fumures organo-minérales ont également été conduits, tandis que plusieurs hybrides de tomate ont été créés afin de répondre aux besoins des producteurs.

Le projet a enfin permis de former de nombreux producteurs aux bonnes pratiques agroécologiques et de conduire des analyses socio-économiques destinées à mieux comprendre les conditions d’adoption des innovations dans les filières maraîchères.

Un héritage scientifique durable

Au terme de huit années de collaboration entre le MESRS, le CNRA, les universités ivoiriennes et le CIRAD, le projet AMRUGE laisse un héritage scientifique, technique et humain important.

Au-delà des infrastructures et des équipements mis en place, il a contribué à renforcer les compétences des acteurs de la recherche, à consolider les partenariats scientifiques et à produire des connaissances utiles au développement durable des filières agricoles ivoiriennes.

Ces acquis constituent aujourd’hui une base solide pour poursuivre les efforts de modernisation de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation au service des transitions agricoles, alimentaires et environnementales en Côte d’Ivoire.