Agroforesterie en Côte d’Ivoire : planter des arbres, sécuriser les droits et passer à l’action

13/07/2026
En Côte d’Ivoire, l’agroforesterie s’impose comme un levier majeur pour accompagner la transition vers une cacaoculture plus durable et restaurer les paysages agricoles. Mais entre les ambitions affichées et leur mise en œuvre dans les parcelles, plusieurs défis subsistent. Les travaux du projet TERRI4SOL montrent notamment que la réussite de cette transition passe autant par l’accompagnement des producteurs que par la sécurisation des droits fonciers et des droits sur les arbres.
Plantation de cacaoyers - Alloulouakouassikro le 23-02-23 © Ehouman Evans
Plantation de cacaoyers - Alloulouakouassikro le 23-02-23 © Ehouman Evans

Plantation de cacaoyers - Alloulouakouassikro le 23-02-23 © Ehouman Evans

Face à la dégradation des forêts, à l’épuisement des sols et aux effets du changement climatique, l’agroforesterie occupe désormais une place centrale dans les stratégies de transition agricole et forestière en Côte d’Ivoire. Dans la filière cacao notamment, associer des arbres aux cultures apparaît comme une voie privilégiée pour restaurer les paysages, renforcer la résilience des exploitations et contribuer à une production plus durable.

Mais entre les ambitions affichées et leur traduction dans les parcelles, plusieurs défis demeurent. Les travaux menés dans le cadre du projet TERRI4SOL montrent que la réussite de cette transition ne dépend pas uniquement du nombre d’arbres plantés. Elle suppose également de mieux prendre en compte les réalités des producteurs, la sécurisation foncière, les droits sur les arbres et les conditions concrètes de mise en œuvre des politiques agroforestières.

L’agroforesterie au cœur des ambitions ivoiriennes

En Côte d’Ivoire, l’agroforesterie s’est progressivement imposée dans les politiques publiques, les stratégies de durabilité de la filière cacao et les initiatives de restauration des paysages. Cette évolution répond à plusieurs enjeux : maintenir la productivité agricole dans des territoires où les ressources forestières se raréfient, restaurer la fertilité des sols, préserver la biodiversité, stocker davantage de carbone et renforcer la résilience des exploitations face au changement climatique.

Dans les cacaoyères, de nombreux programmes encouragent ainsi l’introduction ou le maintien d’arbres associés aux cacaoyers. Distribution de plants forestiers, normes de densité, certifications, projets carbone ou encore dispositifs de restauration des paysages se multiplient.

Pourtant, la présence de dispositifs techniques et de politiques volontaristes ne garantit pas automatiquement leur adoption durable par les producteurs.

Planter des arbres ne suffit pas

L’un des enseignements mis en évidence par TERRI4SOL est la nécessité de dépasser une approche de l’agroforesterie reposant principalement sur la distribution et la plantation d’arbres.

La survie des plants, leur entretien, le choix des espèces, leur compatibilité avec les cultures et surtout l’intérêt économique qu’ils représentent pour les exploitants sont autant de facteurs déterminants.

Les arbres déjà présents dans les exploitations constituent également une ressource à considérer. Leur conservation, leur gestion et leur régénération peuvent contribuer à la transition agroforestière au même titre que de nouvelles plantations.

L’enjeu consiste donc moins à considérer l’arbre comme un simple élément à ajouter dans une parcelle qu’à construire des systèmes agroforestiers adaptés aux réalités agricoles, économiques et sociales des territoires.

La question des droits au cœur de la transition agroforestière

À ces contraintes techniques s’ajoute une question déterminante : à qui appartient l’arbre ?

Pour un producteur, planter et entretenir un arbre représente un investissement sur plusieurs années. Or cet investissement devient risqué lorsque ses droits sur la terre ou sur les arbres restent incertains.

Les évolutions du cadre forestier ivoirien ont permis des avancées dans la reconnaissance de la propriété des arbres. Toutefois, leur application se heurte à la réalité du foncier rural, où une grande partie des terres demeure régie par des droits coutumiers et ne dispose pas encore de certification formelle. Cette situation peut générer une réticence à planter ou conserver des arbres. Certains producteurs craignent notamment de ne pas pouvoir bénéficier à terme de la valeur économique des arbres qu’ils ont protégés ou plantés.

La sécurisation de l’agroforesterie ne peut donc être dissociée de celle des droits des producteurs.

Sécuriser la terre, mais aussi les arbres

Les travaux de TERRI4SOL soulignent ainsi l'intérêt de réfléchir à des mécanismes permettant de mieux sécuriser les droits sur les arbres, y compris lorsque la situation foncière n’est pas encore totalement formalisée. Cette réflexion est particulièrement importante pour les producteurs qui exploitent des terres selon des arrangements coutumiers ou contractuels. Elle invite à mieux articuler politiques forestières, politiques agricoles et politiques foncières. La transition agroforestière nécessite en effet que les producteurs aient suffisamment confiance dans le système pour investir sur le long terme. Sécuriser les droits, clarifier les règles d’exploitation des arbres et renforcer l’information des communautés deviennent alors des conditions essentielles pour transformer les ambitions nationales en changements durables dans les exploitations.

De l’ambition à la mise en œuvre

La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui d’un ensemble croissant de politiques, de normes et d’initiatives en faveur de l’agroforesterie. L’enjeu consiste désormais à renforcer leur cohérence et leur traduction sur le terrain. Cela suppose notamment de mieux associer les producteurs à la conception des dispositifs, d’adapter les modèles agroforestiers aux réalités locales, d’améliorer l’accompagnement technique, de sécuriser les investissements réalisés dans les arbres et de mieux coordonner les acteurs des secteurs agricole, forestier et foncier.

L’agroforesterie apparaît ainsi moins comme une simple technique de plantation que comme une véritable transformation des systèmes agricoles et des territoires.

TERRI4SOL : éclairer les conditions d’une transition durable

Mis en œuvre en Côte d’Ivoire, le projet TERRI4SOL s’est intéressé aux transformations des territoires agricoles, forestiers et post-forestiers et aux conditions permettant de préserver et restaurer les stocks de carbone organique des sols. En croisant analyses des dynamiques agricoles, expérimentations sur le terrain et réflexions sur les politiques publiques et les institutions, le projet permet de mieux comprendre les leviers et les obstacles à la transition agroécologique des territoires ivoiriens.

Ses enseignements rappellent notamment qu’en matière d’agroforesterie, planter l’arbre n’est que le début : encore faut-il permettre au producteur de le conserver, de le gérer, d’en tirer des bénéfices et d’être assuré de ses droits sur le long terme.

C’est à cette condition que les ambitions agroforestières pourront se traduire durablement dans les paysages ivoiriens.