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- Le projet Dinaamicc laisse un héritage pérenne aux exploitations agricoles familiales malgaches
De la diffusion de pratiques agroécologiques à l’information météorologique, le projet Dinaamicc laisse un héritage pérenne aux exploitations agricoles familiales malgaches
Les participants à la clôture du projet Dinaamicc ©M. Rananja, Cirad
Dans les Hautes Terres de Madagascar, les agriculteurs sont en première ligne face au dérèglement climatique. Sécheresses plus longues, pluies imprévisibles, sols appauvris, nouvelles maladies et ravageurs des plantes, ces bouleversements fragilisent les exploitations agricoles familiales qui assurent en grande partie les revenus des ménages ruraux et la sécurité alimentaire du pays.
Plutôt que d'apporter des solutions conçues en laboratoire puis diffusées sur le terrain, le projet Dinaamicc, financé par l’Union européenne et piloté par le CIRAD, s'est appuyé sur une logique de recherche-action où les innovations sont construites avec les agriculteurs eux-mêmes. Chercheurs, ONG de développement et organisations paysannes ont travaillé ensemble pour identifier les contraintes rencontrées par les producteurs et expérimenter des réponses directement adaptées aux réalités locales. Ainsi, le projet a réuni trois organismes de recherche (CIRAD, Fofifa, IRD), cinq organisations de développement (Agrisud, Apdra, AVSF, GSDM, Partage et Fert) et deux organisations paysannes (Fifata et Ceffel).
Un bilan positif et des impacts durables au delà du projet
Concrètement, plus de 3 000 producteurs, dont plus d'un millier de femmes, ont été accompagnés dans l'adoption de techniques agroécologiques visant à restaurer la fertilité des sols, réduire l'usage d'intrants chimiques et mieux maîtriser les ravageurs grâce à des solutions biologiques. La diversification des cultures, l'agroforesterie, l'aménagement durable des territoires ou encore l'amélioration de la nutrition sont devenus autant de leviers pour renforcer la résilience des exploitations.
- 125 Organisations Paysannes
- 355 Paysans Leaders
- 48 Sites pilotes
- 188 Parcelles de démonstration
L'enjeu n'était pas seulement de former des agriculteurs, mais de créer une dynamique locale capable de se poursuivre au-delà du projet. Ainsi, 355 paysans leaders ont été formés afin de transmettre les innovations au sein de leurs communautés. Des producteurs spécialisés dans la multiplication des semences, la gestion de pépinières ou l'accompagnement technique assurent désormais la diffusion des pratiques. Au total, 125 organisations paysannes ont participé à cette montée en compétences, soutenue par 48 sites pilotes et 188 parcelles de démonstration, véritables laboratoires à ciel ouvert où les innovations ont pu être observées, comparées et adaptées.
Une multitude de solutions appliquées
Les solutions développées dans le cadre du projet Dinaamicc répondent chacune à une problématique précise.
Face à l'appauvrissement des sols, l'agroforesterie réintroduit les arbres dans les systèmes de production afin de protéger les terres, limiter l'érosion et améliorer la fertilité. Plus de 54 000 jeunes plants forestiers ont été produits et plus de 53 000 arbres plantés par les producteurs, tandis que des hectares de parcelles expérimentales permettent d'évaluer les espèces les plus adaptées aux différents territoires.
Lorsque les rendements stagnent sous l'effet des maladies ou de la variabilité climatique, la recherche variétale ouvre de nouvelles perspectives. Deux variétés de riz pluvial ont déjà obtenu leur homologation, tandis que plusieurs autres variétés de riz et de haricot poursuivent leur processus de validation. Deux lignées de riz résistantes à la brûlure bactérienne des feuilles sont également en développement. Cette amélioration génétique s'accompagne d'une montée en puissance de la production de semences de qualité : plus de 20 tonnes ont été distribuées à plus de 1 300 producteurs, favorisant une meilleure sécurité alimentaire.
La filière pomme de terre bénéficie également des avancées de la recherche. Grâce à la création d'un laboratoire de production in vitro de plants sains au Ceffel d'Antsirabe et au renforcement des capacités du FOFIFA, la disponibilité en plants de qualité a fortement progressé. En quelques années, la production est passée de 71 à 256 tonnes, offrant aux producteurs un matériel végétal plus performant et moins sensible aux maladies.
L'adaptation passe aussi par une meilleure gestion des risques climatiques. Quatre stations météorologiques intégrées au réseau national ont été installées afin d'améliorer le suivi des conditions climatiques. Un dispositif pilote de diffusion d'informations météorologiques à faible coût permet désormais à plusieurs centaines d'agriculteurs d'ajuster leurs calendriers culturaux en fonction des prévisions.
Par ailleurs, la diversification des revenus constitue un autre pilier pour la résilience des exploitations agricoles familiales. Le projet a permis de développer la rizipisciculture sur 249 hectares, permettant aux producteurs d’associer culture du riz et élevage de poissons sur une même parcelle. Cette pratique améliore l'utilisation de l'eau, enrichit les revenus des ménages et a déjà permis la production de plus de 54 tonnes de poissons. Les jardins de case, principalement développés par des femmes, participent également à renforcer la sécurité alimentaire des familles tout en diversifiant les sources de revenus.
Au-delà des innovations techniques, Dinaamicc a fait le pari que l'adaptation de l'agriculture passe aussi par le renforcement de la recherche nationale. Au niveau des infrastructures, deux laboratoires du FOFIFA à Antananarivo et à Antsirabe ont été modernisés. Au niveau de la formation, dix doctorants malgaches, dont une majorité de femmes, plus de quarante étudiants de master et une trentaine de jeunes ingénieurs ont participé aux travaux scientifiques. Les recherches conduites ont déjà donné lieu à plusieurs publications internationales. Et une communauté KoboToolbox Madagascar, développée dans le cadre du projet, contribue désormais à améliorer la collecte et la gestion des données.
Ces réalisations dessinent un héritage qui dépasse largement les quatre années du projet. Elles montrent que la recherche ne se limite pas à produire des connaissances scientifiques ; elle peut aussi accompagner la transformation des territoires lorsqu'elle s'appuie sur les savoirs des producteurs et construit avec eux des solutions adaptées aux réalités locales.