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Michel Griffon : l'architecte d'une agronomie durable
Michel Griffon laisse derrière lui un héritage scientifique et institutionnel majeur. Pour le CIRAD et la recherche agronomique nationale et internationale, il restera celui qui a su poser les bases d’une vision théorique et d’une stratégie opérationnelle de long terme pour affronter les défis du 21e siècle.
Un héritage scientifique : de la révolution verte à l'intensification écologique
L'apport majeur de Michel Griffon réside dans sa capacité à avoir anticipé les limites du modèle productiviste classique. Dès les années 1990, il théorise le concept de « révolution doublement verte ». Contrairement à la première révolution verte des années 1960, axée sur les intrants chimiques et la mécanisation lourde, cette nouvelle approche se veut équitable, durable et respectueuse de l'environnement. Elle repose sur une idée-force : utiliser les fonctionnalités des écosystèmes pour produire davantage et mieux.
Pour rendre ce concept accessible, il invente l'oxymore « intensification écologique » lors du Grenelle de l'environnement en 2007. Il définit cette démarche comme une agriculture intensive en connaissances et en fonctionnalités naturelles — comme la photosynthèse ou la vie des sols — plutôt qu'en pétrole ou en chimie. Il a contribué à ce que l'écologie ne soit pas un frein à la performance, mais un moteur scientifique indispensable pour assurer la sécurité alimentaire mondiale.
Une figure emblématique de la création et de la modernisation du CIRAD
Le parcours de Michel Griffon est intimement lié à la genèse du CIRAD. Alors en poste au ministère de la Coopération, il participe activement à la création de l'institution en 1984. En 1986, il rejoint l’établissement et crée l’unité de recherche en prospective et politiques agricoles (URPA), introduisant les sciences économiques et sociales au sein de l'organisme.
Lorsqu’il en devient directeur scientifique en 2000, il supervise le projet stratégique qui fera de la durabilité l’ambition centrale de l’établissement. Cette réforme majeure a permis à ses successeurs de transformer dès 2006 une organisation par filières tropicales en une institution de recherche structurée en départements scientifiques interdisciplinaires, favorisant l'intégration des enjeux environnementaux et sociaux.
Un bâtisseur au service des politiques nationales et internationales
Son influence a largement dépassé les frontières du CIRAD. À la toute nouvelle Agence nationale de la recherche (ANR), il a dirigé le département « Écosystèmes et Développement durable », portant haut les enjeux environnementaux au niveau national. En participant au lancement de l’International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development (IAASTD) en 2004, il a contribué à porter la voix d'une agronomie française innovante sur la scène mondiale.
Convaincu que la science doit contribuer à anticiper les crises, il a recouru à la prospective pour poser les questions essentielles sur l'avenir de la planète. L’un des scenarios de la prospective Agrimonde qui explore, de 2006 à 20028, les futurs possibles des agricultures et alimentations du monde en 2050, décrit une transition vers une agriculture durable portée par la révolution doublement verte, directement inspirée de ses ouvrages.
Il a également été à l’origine du campus de la Mondialisation et du développement durable, aujourd’hui Cité du développement durable à Nogent-sur-Marne, imaginant dès les années 1990 un lieu de rencontre entre chercheurs, enseignants et professionnels du développement.
Sa démarche, fondée sur le dialogue et la recherche de consensus exigeants, a conduit à la dissémination des concepts d'agroécologie auprès du monde agricole, notamment via l'Association pour une agriculture écologiquement intensive.
Un humaniste avant tout
Ceux qui ont croisé Michel Griffon gardent le souvenir d’un homme d’une profonde humilité. Toujours disponible pour les jeunes scientifiques, il était perçu comme un maître à penser, toujours prêt à partager ses conseils. Son héritage continue aujourd'hui de guider les chercheuses et chercheurs qui œuvrent pour un monde où l'agriculture nourrit les humains tout en soignant la planète.
Une carrière engagée, dates clés
- 1948 : naissance à Bourges
- 1971 : diplômé ingénieur agronome de l’INA Paris-Grignon
- 1981-1986 : travaille au ministère de la Coopération où il construit les programmes sectoriels et œuvre à la création du CIRAD qui voit le jour en 1984
- 1986 : crée l’unité de recherche Prospective et politique agricole (URPA) au CIRAD
- 1994 : co-élabore du concept de « révolution doublement verte » au sein du groupe CGIAR piloté par Gordon Conway
- 2000-2005 : directeur scientifique du CIRAD et artisan de son virage vers la durabilité
- 2005-2012 : directeur du département « Écosystèmes et développement durable » puis directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche (ANR)
- 2009 : crée l’Association pour une agriculture écologiquement intensive (AEI)
- 2026 : décès le 4 janvier