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Systèmes et ingénierie agronomique

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La symphonie inachevée du semis direct dans le Brésil Central : Le système dominant dit de "semi-direct"

de L. Séguy, S. Bouzinac, et partenaires brésiliens 2008.

RÉSUMÉ

Les Cerrados de la zone tropicale humide du Brésil couvrent 200 millions d’hectares, dont 50 millions sont potentiellement utilisables pour une agriculture intensive. Leur mise en culture à la fin des années 1970 dans l’état du Mato Grosso, à partir de techniques de travail intensif du sol importées des pays du Nord et des grandes monocultures industrielles, a fortement dégradé le capital sol.

Pour répondre rapidement et durablement à cet échec, le CIRAD et ses partenaires1 de la recherche et du développement ont construit dès 1985, puis maîtrisé et diffusé progressivement des systèmes de culture en semis direct sur couverture végétale permanente du sol en accompagnant l’avancée des fronts pionniers dans la région Centre Nord Mato Grosso : d’abord les Cerrados de la région de Lucas do Rio Verde, berceau de l’élaboration des techniques de Semis Direct en Zone Tropicale Humide (ZTH), puis rapidement plus au Nord, en zone de forêts dans les régions de Sorriso et Sinop pour précéder l’arrivée du front pionnier et lui offrir des alternatives diversifiées d’agriculture durable de faible impact sur l’environnement, dès son arrivée.

L’adoption massive du Semis Direct de soja sur paille de mil s’est opérée à partir de 1995, sous la forte pression du plan de restructuration économique du président F.H. Cardoso, qui a obligé les producteurs à réduire fortement leurs coûts de production si ils voulaient survivre.

Mais le système originel de semis direct créé par le CIRAD et ses collaborateurs brésiliens[1] a été rapidement modifié par les agriculteurs qui l’ont transformé en un système dit de "semi-direct" dans lequel le semis de la biomasse de couverture (mil, sorgho ) est effectué à la volée et incorporé par un travail minimum du sol (discage ) ; les principales justifications à l’adoption de ce système modifié sont : gain de temps opérationnel et décompaction des sols. Le "semi-direct" a trouvé de plus une légitimité officielle avec l’introduction de la culture cotonnière de haute technologie à la fin des années 1990 (écologies des Cerrados et des Forêts ), la législation en vigueur exigeant la destruction systématique par voie mécanique (discage ) des repousses de coton en post-récolte pour contenir la propagation d’insectes ravageurs très préjudiciables à la culture (pucerons, "bicudo "ð Anthonomus grandis ).

Ce système de "semi-direct" (ou TCS = Techniques de Culture Simplifiées ) a cependant montré très vite ses limites agronomiques, économiques et environnementales dans les conditions pédoclimatiques de la Zone Tropicale Humide (ZTH), et a confirmé qu’il n’est pas durable : perte continue de carbone qui entraîne la stagnation, voire parfois la régression de la productivité du système devenu très sensible aux variations climatiques interannuelles, à une explosion des nématodes phytophages et des maladies cryptogamiques ; il ne peut se maintenir que par un apport massif d’ intrants chimiques (à des coûts de plus en plus prohibitifs ) dont les premières pollutions environnementales sont déjà significatives (eaux de ruissellement, nappes, sols et productions ), et de variétés nouvelles toujours plus nombreuses qui doivent intégrer (avec retard par rapport aux besoins de développement ) de plus en plus de résistances multiples au fur et à mesure que le capital sol se dégrade.

Mais, des solutions existent : le CIRAD et ses collaborateurs ont créés au cours des 15 dernières années de nombreux scénarios diversifiés de développement durable en SCV. Les auteurs analysent les diverses étapes qui ont présidé à la genèse de la construction des SCV qui sont issus de l’ingénierie écologique au service du développement et évaluent l’évolution de leurs performances croissantes. Ces systèmes, qui fonctionnent à l’image de l’écosystème forestier dont ils sont inspirés, ont été perfectionnés au cours du temps aux plans écologique, agronomique et technico-économique. Ils offrent, aujourd’hui, toutes les garanties de l’agriculture durable : de plus en plus productifs (de 23 à plus de 30 t/ha de phytomasse sèche annuelle ), avec de moins en moins d’intrants chimiques, donc des coûts de production en baisse, ils sont tous construits sur une reconquête de la biodiversité fonctionnelle = rotations de cultures (soja, riz, coton et cultures de succession ), intégration Agriculture - Elevage, sols toujours protégés sous couvertures mortes et/ou vivantes, biologiquement très actifs, qui séquestrent efficacement le carbone, favorisent la rétention des nutriments (CEC plus élevée ), réduisent l’incidence des maladies et des nématodes phytophages, fonctionnent en circuit fermé comme la forêt (recyclage profond des bases et nitrates,injection de carbone en profondeur, hors des atteintes anthropiques ) et garantissent la qualité biologique des sols et des productions. Les grandes voies d’une gestion progressivement plus organique des principales cultures dans les SCV sont abordées avec des résultats très prometteurs.

ŸLa construction conceptuelle, scientifique et technique de ces scénarios diversifiés d’agriculture durable de plus en plus performante aux plans agronomique, technique et économique en conditions adverses, a pu se faire, grâce, simultanément, à des outils méthodologiques systémiques performants :

- Les matrices pérennisées des systèmes de culture conduites en conditions d’exploitation réelles et implantées au cœur des réalités agricoles (pour, avec et chez les agriculteurs, dans leurs unités de production ),

- Le profil cultural qui précise, en continu, la dynamique des relations Sols-Cultures, hiérarchise et oriente les décisions agronomiques,

- L’ingénierie écologique qui traite de la gestion de milieux et de la conception d’aménagements durables, adaptatifs, multifonctionnels inspirés des mécanismes qui gouvernent les systèmes écologiques (auto-organisation, diversité élevée, structures hétérogènes, efficacité de l’utilisation de l’énergie )

Les priorités devraient maintenant être données, d’une part, à la promotion et à la diffusion opérationnelle des SCV diversifiés dans le Brésil Central, et d’autre part, à la poursuite de leur perfectionnement à partir de l’écologie fonctionnelle qui constitue sans aucun doute la source d’inspiration la plus prolifique. Ces systèmes SCV peuvent être, à la fois, la clé de la récupération du vaste réservoir de 16,5 millions d’hectares de terres dégradées et abandonnées en Amazonie, ce qui permettrait de freiner efficacement le processus de déforestation et d’ouvrir les voies de réconciliation entre l’écologie et l’agronégoce, décisive pour le développement rapide du Brésil et pour son image à l’extérieur.

La ZTH du Mato Grosso est devenue championne de productivité du Brésil pour le soja, le riz pluvial et le coton de haute technologie ; l’incorporation des SCV diversifiés devrait faire franchir maintenant un nouveau palier supérieur de développement plus en conformité avec les exigences de l’agriculture durable et de la protection des ressources naturelles. Dans l’adversité (isolement économique, conditions pédoclimatiques très difficiles ) est né, puis s’est fortifié un profil d’agriculteurs très compétents, aptes à affronter les marchés mondialisés sans subventions.

Mots-clés : Zone Tropicale Humide (ZTH), système de culture durable, Semis direct sur Couverture Végétale permanente du sol (SCV), soja, riz pluvial, coton,“safrinhas” (= cultures de successions ), fonctionnement et performances agronomiques, techniques et économiques, ingénierie écologique, écologie fonctionnelle, multifonctionnalité des couverts, séquestration du carbone, CEC, taux de saturation des bases, coefficients K1 et K2, qualité biologique des sols et des productions, phytorémédiation, méthodologie de Recherche-Action..

Quelques phrases de penseurs et scientifiques célèbres qui illustrent notre engagement et passion d’agronomes œuvrant pour, avec et dans la nature :

"Il faut forcer la nature aussi loin que notre esprit. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit " Gaston Bachelard

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme " Antoine Lavoisier

"J’éprouve l’émotion la plus forte devant le mystère de la vie, le sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l’art et la science " Albert Einstein

"La vie ne donne ni ne prête ; elle ne s’émotionne pas ni n’a pitié, tout ce qu’elle fait, c’est de rétribuer et transférer tout ce que nous lui offrons " Albert Einstein

[1] Equipe CIRAD L. Séguy, S. Bouzinac et ses partenaires brésiliens de la recherche et du développement, en coopération permanente avec les agriculteurs (dont le pionnier , Mr Munefume Matsubara ), le CNPAF , Centre de Recherche Fédéral sur le riz et le haricot de l’EMBRAPA , l’EMPAER-MT , Centre de Recherche de l’état du Mato Grosso entre 1986 et 1989 ; puis en partenariat avec RHODIA (filiale Brésil de Rhône Poulenc ) et la coopérative COOPERLUCAS de Lucas do Rio Verde de 1990 à 1995, plus récemment avec la Préfecture de SINOP , puis le groupe MAEDA, la COODETEC et l’entreprise privée de recherche AGRONORTE entre 1995 et 2002, et enfin l’entreprise CEREAISNET , l’ USP , le FACUAL et l’ UEPG entre 2003 et 2008.

Ce document est le fruit et l’œuvre de tous ces partenaires de la Recherche et du Développement brésiliens, engagés dans l’action avec le CIRAD entre 1983 et 2008. Qu’ils trouvent tous ici notre hommage et nos remerciements les plus chaleureux pour nous avoir permis de vivre, ensemble, cette aventure exceptionnelle.


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