Dossier constitué à l'occasion du Salon international de l'agriculture de Paris, février 2011.
Le Cirad et l'Année internationale des forêts
Communiqués et actualités sur les forêts
"Des forêts naturelles aux forêts plantées : un continuum de situations"
Alain Billand : "L’aménagement forestier intègre les enjeux sociaux et économiques"
Les forêts sont au cœur d’une telle diversité d’activités, d’investissements et d’enjeux qu’elles sont devenues un centre d’intérêt planétaire. Chaque pays, chaque communauté, chaque métier a une approche particulière de « sa » forêt. Paysans, exploitants forestiers, charbonniers, éleveurs ou chasseurs-cueilleurs, un milliard d’habitants sur Terre en vivent directement, tandis que des administrations, des organisations non gouvernementales et des bailleurs de fonds sont impliqués dans leur gestion. La conservation et la gestion durable des forêts tropicales sont nécessaires pour que se poursuivent ces activités, mais les priorités de tous les acteurs ne coïncident pas forcément et ils peuvent se trouver en concurrence pour l’utilisation des ressources. La coordination par la négociation entre tous est donc essentielle pour assurer une transmission de ce patrimoine aux générations futures. Elle ne sera possible qu’en assurant un accès légal et effectif aux différents biens et services que procurent les forêts, mais aussi au partage équitable des bénéfices potentiels.
Les forêts tropicales rendent des services environnementaux à la planète entière, mais dépendent aussi d’États souverains pour qui elles représentent des ressources économiques. Elles sont aussi utilisées par des millions de personnes, en vertu de droits coutumiers individuels ou collectifs. Dès lors, l’idée d’une sanctuarisation des forêts tropicales par une « mise sous cloche » se révèle assez vite impraticable... A moins d’être en mesure de compenser pleinement et équitablement les acteurs concernés pour la perte de leurs droits d’usage ou de propriété, tout en permettant aux plus pauvres d’améliorer sensiblement leurs conditions d’existence.
Tout l’enjeu est de pouvoir conserver la forêt tout en favorisant un développement socio-économique local, sans entraîner l’épuisement progressif des ressources forestières. Il faut trouver les bons compromis entre la production et la stricte préservation, ainsi qu’entre les intérêts des différents acteurs. Une « mise en valeur forestière durable » conservant les services environnementaux rendus par les écosystèmes forestiers peut passer par un grand nombre de voies et s’appuyer sur plusieurs instruments : techniques d'exploitation durable, démarches de certification des modes de gestion, valorisation des services environnementaux rendus par la forêt, planification de l’utilisation des terres, mécanismes de financement innovants (certains sont négociés à l'échelle mondiale).
Il existe bien un régime international des forêts, appuyé sur un ensemble de règles formelles et informelles et de normes de comportements qui influencent les pratiques des acteurs, mais celui-ci est fragmentaire. En effet, les différents principes et institutions autour desquels s’organise le débat international ne couvrent que des thématiques limitées de la question forestière mondiale. L’absence d’une convention internationale sur les forêts constitue l’une des facettes de ce problème, mais elle n’est pas la seule. Les forêts tropicales sont des ressources territorialisées, supports d’activités multiples qui se prêtent mal à un régime unifié.
La difficulté réside essentiellement dans les limites de ce qu’on nomme les « politiques forestières » dans les pays en développement, qui n’ont qu’une portée limitée face à d’autres politiques : foncières, agricoles et sociales, notamment. Ces autres politiques expriment elles-mêmes un certain nombre de choix collectifs des sociétés, qui reposent sur leurs représentations des effets de la croissance économique, de la justice et de la souveraineté.