Un dossier constitué à l'occasion de l'année internationale des déserts et de la désertification, 2006.
La lutte contre la désertification est assez significative des enjeux du développement durable. Il s'agit de produire pour garantir des niveaux de vie décents à une population aux conditions de vie souvent misérables, tout en maintenant, voire en restaurant, le niveau des ressources.
Du fait des situations critiques des zones arides, le défi est d'importance. Il présage peut être d'autres situations de gestion des ressources, à venir. Penser la lutte contre la désertification implique de resituer l'action menée depuis les années 70, date où la prise de conscience des phénomènes de désertification s'est affirmée.
De nombreux programmes de développement ont été mis en place pour limiter les effets de la désertification. Ces programmes s'installent d'abord dans les zones les plus affectées avec une volonté de restauration (parcours et terres cultivées).
Les techniques de régénération visent à restaurer la capacité productive des sols. Elles associent des techniques de lutte contre le ruissellement et des actions de restauration de la fertilité minérale et organique des sols. Les techniques de lutte contre le ruissellement n'ont pas seulement pour objet de réduire l'érosion hydrique, elles favorisent aussi le stockage de l'eau.
La restauration des parcours et des pâturages dégradés relève de la même logique de correction. La plantation d'arbustes fourragers constitue la principale forme de restauration. Le reboisement, en bosquet ou de manière disséminée, la protection des rejets naturels favorisent la régénération de la végétation.
Les résultats de ces opérations ont été limités. Très vite, il est apparu plus intéressant d'investir dans la prévention des risques de désertification. Les mêmes techniques sont utilisées mais la lutte contre la désertification concerne alors l'ensemble des zones arides susceptibles d'être affectées, en particulier les zones d'immigration où se pratique la défriche de fronts pionniers pour l'agriculture ou l'élevage dans les zones sub-humides.
Par ailleurs, pour avoir un réel impact, les techniques de lutte contre la désertification doivent s'intégrer aux systèmes de production, permettant une amélioration de la gestion globale des ressources de l’exploitation, qui doit se traduire aussi par une augmentation de la production. Cela passe par de profondes modifications des systèmes, fondées sur la valorisation de la diversité biotique et abiotique des milieux et la recherche de synergies entre l’agriculture et l’élevage.
L'hypothèse principale est qu'il est possible d'augmenter la productivité des systèmes :
De manière concrète, la valorisation de la diversité biotique et abiotique des milieux passe d'abord par la constitution de stocks pour augmenter la capacité de résistance à la sécheresse : stocks d'eau grâce à des investissements en hydraulique (alimentation humaine, abreuvement des bétails, périmètres irrigués,…) ; stocks de grains (banques de semences et greniers) ; stocks de fourrage (réserve sur pied, foin, ensilage…) ; stocks forestiers. Ces stocks devraient avoir pour effet d'augmenter la production de biomasse sur l’ensemble des espaces en utilisant la biodiversité.
La valorisation des ressources passe également par l’élargissement de la gamme d’espèces végétales disponibles, endogènes ou exotiques, pour exploiter la diversité des situations de production potentielle de biomasse (allées, haies, clôtures, jachères, bosquets, berges de rivière) à toutes fins possibles (production de bois d’œuvre ou de feu, de piquets, de fruits, de fourrages, de plantes alimentaires et médicinales, etc).
Une meilleure compréhension des processus écologiques semble nécessaire pour transformer les agro-écosystèmes.
D’une manière générale, les terres arides n’ont pas bénéficié à ce jour de toute l’attention nécessaire dans les stratégies nationales et internationales de préservation, de conservation et de valorisation de la biodiversité. C’est tout particulièrement le cas en Afrique.
Compte tenu du rôle de la biodiversité dans la résilience des écosystèmes, qui devront s’adapter à des modifications climatiques probables, préserver la biodiversité locale et favoriser l’adaptation floristique à des conditions plus sèches ou plus humides est un enjeu majeur. La diversité des espèces et des écosystèmes de ces régions doit être considérée non seulement comme un patrimoine de l’humanité, mais également comme une des bases potentielles du développement local en relation avec les utilisations actuelles et envisageables par les populations.
Dans le domaine des ressources génétiques à usage agricole, plusieurs enjeux se combinent : la disponibilité de variétés locales particulièrement adaptées ; la disponibilité d’espèces qui peuvent constituer de nouvelles opportunités de valorisation tant sur les marchés locaux qu’internationaux. La nécessité de conserver in situ des espèces et des gènes implique de reconnaître un rôle important aux communautés et aux agriculteurs comme acteurs majeurs de la préservation des espèces.
Un dernier enseignement est que les techniques de lutte contre la désertification doivent s'insérer et contribuer à la mise en place de mécanismes institutionnels, tant au niveau local qu'au niveau national.
Au niveau local, la lutte contre la désertification exige des règles de gestion collective des ressources (terres, eaux, investissements…) acceptées par tous. Or, on constate, surtout dans les zones de migration, une méfiance entre les différents acteurs. Cette méfiance contribue à un refus de comprendre des stratégies concurrentes. La cohabitation d’instances d’arbitrage diverses ou aux décisions contradictoires aboutit à une incertitude. La perception de l'intérêt général est rare, parce que difficile à définir.
A des échelles de décision plus centrales, les plans insistent sur la nécessaire coodination ente les acteurs, en particulier l'Etat et ses représentants, porteurs de politiques publiques d'incitation, et les acteurs locaux (société civile, agriculteurs, entrepreneurs...).