Dossier constitué à l'occasion de la participation du Cirad au Salon international de l'agriculture de Paris, février 2006.
Les origines des crises cotonnières peuvent être perçues comme :
une baisse structurelle de la demande
la concurrence des fibres artificielles (fibres cellulosiques et fibres synthétiques créées à partir du pétrole) a fait diminuer la part relative du coton dans le marché des fibres textiles. Depuis la fin des années 1980, cette part de marché diminue régulièrement pour ne plus représenter que 40%.
Cette baisse de la demande peut aussi être liée à un changement de comportement des consommateurs vis-à-vis du coton, les conduisant à se détourner ou à moins préférer le coton. Ce changement de comportement est lié au niveau de revenu.
Globalement, le fait que des pays à populations importantes parviennent à des niveaux de développement économique plus élevés (Chine, Brésil, Inde) fait craindre une réduction de la demande de ces pays pour le coton.
une offre qui dépasse la demande
Cet excès d'offre est aujourd'hui perçu comme un phénomène structurel en raison des distorsions du marché. Ce sont les effets pervers des politiques de soutien de quelques gros pays producteurs dénoncées par certains pays. Cette perception provient essentiellement des tenants d'une libéralisation des échanges agricoles censée conduire à la fois à l'augmentation et à la stabilité d'évolution du prix mondial.
un fonctionnement anormal du marché
Dans le domaine du négoce des matières premières, qu'elles soient d'origine agricole ou pas, le phénomène de concentration s'est exacerbé. L'on arrive à une situation d'oligopole composé seulement de quelques acteurs. Le pouvoir de ces derniers dans la formation du prix est réel. On peut penser que les stratégies spéculatives des acteurs d'oligopole peuvent accentuer la baisse des prix sur les marchés mondiaux.
le caractère particulier des produits agricoles dans un contexte de mondialisation
Un récent livre édité par le CIRAD met en exergue les particularités des produits agricoles et de leur production. Il s'agit d'un côté de la faible élasticité de la demande au prix (faisant que la demande n'augmente pas beaucoup même si le prix baisse beaucoup) et de l'autre l'aversion au risque des producteurs qui peut les amener à produire moins. Il en résulte que si le commerce des produits agricoles était totalement libéralisé, il en résulterait de fortes et fréquentes fluctuations de prix. Le résultat est totalement opposé à celui avancé par les tenants d'une plus grande libéralisation du commerce agricole.
l' expression d'une plus grande exigence du marché
On trouve aussi beaucoup d'observateurs qui ne cherchent pas à s'interroger sur l'origine des crises. Ils se contentent de chercher à adapter leurs décisions de production au marché.
Cela peut se traduire par un retrait, partiel ou total, de la production cotonnière :
- en jouant sur la surface consacrée au coton. Cela est concevable seulement lorsque les producteurs ont la possibilité d'affecter leurs moyens de production à d'autres cultures pour maintenir ou accroître leurs revenus monétaires.
- en réduisant les coûts de production au niveau des champs. Pour y parvenir, l'on distingue deux voies opposées.
L'une consiste à revoir le modèle de production, par exemple en réduisant le degré d'intensification de la culture cotonnière et suivre une trajectoire technologique totalement différente. L'option de la production bio relève de cette voie.
L'autre consiste à rechercher de nouveaux moyens pour gagner en productivité en poursuivant la démarche d'intensification. La proposition de variétés génétiquement modifiées est perçue dans de nombreux pays et par de nombreux observateurs comme une solution pratique et prometteuse dans cette voie.
Cette adaptation pour réduire les coûts de production est perçue comme une nécessité, non seulement au niveau de champs mais aussi au niveau de toutes les étapes de la filière cotonnière.