Dossier constitué à l'occasion de la participation du Cirad au Salon international de l'agriculture de Paris, février 2008.
Avec l’intérêt porté aux biocarburants, la canne à sucre a le vent en poupe. Le bioéthanol, obtenu à partir du sucre ou de la plante entière, est déjà utilisé comme carburant dans certains pays, tel le Brésil, premier producteur de canne à sucre.
Cette plante dévoile bien d’autres ressources : composants de médicaments, bioplastiques, utilisation de la bagasse pour l’énergie électrique, sans oublier les usages agroalimentaires et les rhums.
La culture de la canne à sucre est dans de nombreux cas un atout environnemental : préservation de la biodiversité, structuration des paysages, culture antiérosive …
La production de sucre à des coûts compétitifs demeure le principal enjeu actuel de la culture de la canne à sucre. Il s’agit pour la filière d'assurer une production qui puisse satisfaire la demande mondiale de sucre en garantissant un prix rémunérateur surtout pour les petits producteurs.
La production mondiale de sucre atteint 162 millions de tonnes et provient majoritairement (70%) de la canne à sucre, donc d'origine des régions chaudes et tropicales. Bien que la production et la consommation s'accroissent annuellement, le marché du sucre mondial est en excédent depuis une dizaine d'années. De ce fait, les cours du sucre sont au plus bas, mettant en danger la pérennisation de la culture de la canne dans de nombreux pays où les coûts de production sont élevés par rapport aux seuils de production.
Malgré cela, les pays producteurs de sucre, pour la plupart, n'ont pas choisi de réduire leurs productions, car celles-ci contribuent dans de nombreux cas :
- à assurer la fourniture d’une denrée alimentaire considérée comme stratégique et de première nécessité,
- de satisfaire les marchés intérieurs en nette augmentation (ex: + 23% en Amérique Latine, + 25% en Asie) en raison de l'accroissement des populations.
- à maintenir la cohésion du tissu socio-économique en raison du rôle multi-fonctionnel de la canne à sucre,
L’Amérique latine arrivera à subvenir à ses propres besoins. Mais pour les pays africains et asiatiques, leur dépendance des importations les pousse à dynamiser leurs secteurs sucriers par la mise en culture de superficies supplémentaires et par l’amélioration de leur productivité.
La mise en place du marché de libre échange, l'évolution de l'OCM sucre et le démantèlement des systèmes tarifaires, constituent des menaces pour de nombreux pays producteurs, pour lesquels la production sucrière occupe une place importante dans l'environnement agricole.
S’il convient d'accroître la productivité de la culture de la canne à sucre et réduire les coûts de production, il faut également s'assurer de l'utilisation raisonnée des ressources (notamment l’eau) et de la préservation de l'environnement physique et socio-économique. Le développement de systèmes de production diversifiés et de variétés adaptées aux cultures paysannes et industrielles reste un objectif important, et représente un enjeu pour le développement économique et social des populations rurales les plus défavorisées.
La canne en France
En France, la canne à sucre est cultivée dans les départements outre-mer, les « DOM » : en Guadeloupe et Martinique du côté des Antilles et à La Réunion au cœur de l’océan Indien. La canne à sucre a forgé l’économie de ces îles. Elle a structuré leurs sociétés et leurs paysages. Pour l’Europe, cette filière est un atout, mais elle évolue au sein d’une compétition internationale difficile.
Europe et sucre : les DOM s’adaptent
En 2006, sous la pression de l’Organisation mondiale du commerce, l’Europe s’est alignée sur le prix mondial. Jusqu’en 2013, l’Europe garantit à ses producteurs le prix du sucre… Mais un prix revu à la baisse. De son côté, l’Etat français compense par des soutiens spécifiques. La filière canne des départements outre-mer s’adapte en améliorant la productivité et en recherchant de nouveaux produits à plus forte valeur ajoutée.
La Réunion, défi agricole et urbain
La culture de la canne à sucre s’étend du battant des lames aux sommets des montagnes…
Pivot de l’agriculture, elle occupe la moitié des surfaces agricoles disponibles. Sur cette île, dont la démographie est sans cesse croissante, le défi est de taille : augmenter la production agricole tout en développant le tissu urbain. La canne joue un rôle fort : à la fois lien social, ressource économique et culture propre, elle est le ciment d’une réflexion collective pour le développement durable de l’île.
La canne réunionnaise, un atout pour l’environnement
La culture de canne fait partie de l’aménagement du territoire. Elle contribue à la qualité du paysage et à l’attractivité touristique. Elle a aussi de nombreuses fonctions environnementales.
La canne protège les sols contre l’érosion, même lors des cyclones. C’est aussi une culture propre : la coupe se fait « en vert » (sans brûler) et l’apport d’engrais ou de pesticides est réduit et adapté aux besoins. C’est une culture complémentaire d’autres filières agricoles : recyclage d’effluents d’élevage, fourniture de litière et de fourrage, support carboné pour le compost… Sans compter que la combustion de la bagasse produit de l’électricité et que de nombreux coproduits de la fabrication du sucre et du rhum sont recyclés !
Guadeloupe et Marie-Galante, vers la diversification agricole
En Guadeloupe et à Marie-Galante, le sucre reste un produit agricole de référence et les rhums, aux qualités typées, sont appréciés des connaisseurs. Mais, face aux évolutions des marchés du sucre et de l’énergie, l’intérêt des autres produits issus de la canne est à l’ordre du jour.
Martinique, le pari de la qualité
Depuis 1996, le rhum agricole de la Martinique est en Appellation d’origine contrôlée (AOC), après plus de vingt ans de démarche ! Première AOC d’outre-mer, elle classe dorénavant le rhum agricole martiniquais parmi les alcools nobles liés à une origine géographique.