Dossier réalisé à l'occasion du Salon international de l'agriculture 2003.
Dans le monde, 125 millions de personnes vivent de la caféiculture. Les revenus des pays exportateurs en pâtissent également et sont touchés par la crise. Tous ne subissent pas la crise de la même manière. Cette situation a des conséquences sur la qualité du café exporté et, indirectement, sur l’environnement.
Sur les producteurs
L’OIC (Organisation internationale du café) estime que dans le monde, 125 millions de personnes vivent du café. Tous ne subissent pas la crise de la même manière.
Les travailleurs agricoles sont sans doute les plus touchés. Faute de rémunération suffisante ou d’emploi, ils sont obligés de trouver des revenus ailleurs, dans les grands centres urbains de leur pays ou à l’étranger, par le biais de l’émigration clandestine. Ainsi en Amérique centrale, 600 000 personnes se sont retrouvées dans cette situation à cause de la crise.
Concernant les planteurs
, les conséquences de la chute des cours sont proportionnelles au niveau de dépendance économique vis-à-vis du café. Ces pertes peuvent conduire le planteur à s’endetter ou à ne pas rembourser les emprunts déjà souscrits. A terme, il peut être contraint à revendre la terre qu’il cultivait et à placer sa force de travail dans d’autres exploitations, ou à quitter définitivement le monde rural.
Certains producteurs parviennent à mieux faire face à cette situation. En effet :
Sur les pays producteurs
Entre 1990 et 2000, le chiffre d’affaires global du secteur du café a augmenté de 30 à 70 milliards de dollars. Dans le même temps, les revenus des pays producteurs ont diminué de moitié.
Pour les pays encore très dépendants de la production caféière, cette réalité entraîne d’importantes difficultés économiques. Avec l’effondrement des cours, celles-ci sont passées de 257 à 149 millions de dollars annuels entre 1999 et 2000. Par exemple, le café apporte 54% des recettes d’exportation de l’Éthiopie et fait vivre 12 millions d’Éthiopiens, sur 57 millions.
La chute des revenus d’une partie non négligeable de la population- provoque une baisse de la consommation globale et répercute ces difficultés sur d’autres secteurs économiques : fournisseurs d’intrants, banques, commerçants.
Sur la qualité
Des prix trop peu rémunérateurs affectent la qualité du café. En effet, en pareille situation, la réaction naturelle des planteurs est de réduire les coûts de production. Comme les coûts sont avant tout constitués de main d’œuvre, ils proposent aux tâcherons des salaires plus bas. Ces derniers, obligés de travailler plus vite, négligent tout ce qui prend trop de temps. Par exemple, ils privilégieront une récolte en stripping (on récolte d’un coup tous les grains d’une branche y compris ceux qui ne sont pas parfaitement mûrs), même s’il est notoire que cette technique détériore le goût.
Cette course contre le temps a une autre incidence : le scolyte. Les scolytes sont des insectes qui passent la presque totalité de leur vie dans les cerises de café. Ils provoquent de graves dommages qui affectent la qualité du café. L’un des meilleurs moyens pour réduire la population de scolytes consiste à ramasser le plus possible de cerises lors de la récolte. Ce n’est pas le cas, lorsque les récolteurs doivent aller vite. Ils ne peuvent s’attarder sur les branches difficilement accessibles et font tomber beaucoup de cerises par terre.
Sur l’environnement
L’équilibre de nombreux écosystèmes repose sur la présence de plantations de café.
Les plantations d’Arabica se situent dans des régions montagneuses, où naissent les rivières. Leur présence contribue donc à protéger les sols.
De même, les plantations d’Arabica sont souvent cultivées sous ombrage. Ces plantations — les caféiers eux-mêmes et les arbres qui assurent cet ombrage — constituent des espaces forestiers aménagés propices à la protection de la biodiversité de la flore et de la faune, surtout des oiseaux.
Aussi la crise actuelle, quand elle conduit des planteurs à remplacer leurs caféières par des cultures vivrières, contribue-t-elle à bousculer ces équilibres naturels.