Losch B., Freguin-Gresh S., White E., 2010. Structural dimensions of liberalization on agriculture and rural development: A cross-regional analysis on rural change, RuralStruc programme, final report. World Bank, Washington.
Bruno Losch
Washington, Etats-Unis
Acteurs, ressources, territoires dans le développement (UMR Art-Dev)
06/2011
L’agriculture a un rôle essentiel dans le développement et la réduction de la pauvreté. Au-delà de sa fonction de production, elle doit générer plus d’activités, de revenus et d’emplois afin de faciliter la transformation rurale et le changement structurel. C’est cet aspect qu’a exploré le programme RuralStruc, mis en œuvre par la Banque mondiale avec l’appui du Cirad, en analysant en détail la réalité socio-économique des zones rurales dans plusieurs pays du Sud.
Le Rapport sur le développement dans le monde 2008 de la Banque mondiale a rappelé le rôle central de l’agriculture dans le développement et la réduction de la pauvreté. Mais il a rappelé aussi, en référence aux transitions économiques passées, la nécessité, pour les producteurs les moins compétitifs et les plus mal dotés en facteurs de production et en capital humain, de sortir de l’agriculture. Pour ces derniers, trois grandes options sont envisageables : le salariat agricole, la participation à d’autres activités rurales en tant qu’entrepreneur ou salarié, la migration. Le programme RuralStruc, mis en œuvre par la Banque mondiale avec l’appui scientifique et technique du Cirad, a exploré en détail la réalité socio-économique des zones rurales de sept pays situés à des stades différents de changement structurel et d’intégration à l’économie mondiale.
Les enquêtes réalisées auprès de ménages ruraux ont permis d’estimer les niveaux de revenus, de préciser la structure des systèmes composites d’activités et la place respective des revenus agricoles et non agricoles. Elles apportent un éclairage renouvelé sur la pauvreté et la diversification rurales. Les résultats, marqués par la grande hétérogénéité des situations locales, révèlent une pauvreté durable, particulièrement forte en Afrique subsaharienne, où les revenus par tête sont nettement inférieurs à 2 dollars (à parité de pouvoir d’achat) par personne et par jour. Dans un tel contexte, la recherche de la sécurité alimentaire par la production vivrière et l’autoconsommation sont la règle. Le développement de l’intégration et des différentes formes contractuelles est marginal et très localisé et les produits commercialisés restent largement cantonnés aux circuits d’échange traditionnels. Le recours aux autres activités rurales est généralisé, mais il s’agit le plus souvent d’une diversification fondée sur des opportunités ponctuelles, mal rémunérées, qui ne correspondent pas à de véritables options de sortie de la pauvreté.
La confrontation des résultats d’enquêtes avec la réalité économique et démographique des pays d’Afrique subsaharienne a permis de mettre en évidence l’ampleur des défis auxquels ces pays doivent faire face. Et, en premier lieu, celui de l’emploi : le nombre de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail, estimé aujourd’hui à 17 millions, atteindra 25 millions en 2025, soit une demande en travail de l’ordre de 330 millions d’ici quinze ans (l’équivalent de la population actuelle des Etats-Unis), dont près de 200 millions en zone rurale.
Avec 65 % des actifs toujours dans l’agriculture — et jusqu’à 80 % dans certains pays —, une urbanisation sans industrialisation (l’informel urbain absorbe l’essentiel de la main-d’œuvre non agricole) et des perspectives de migrations internationales contraintes, l’agriculture va devoir jouer un rôle prépondérant. Au-delà de la fonction de production qui lui est généralement assignée, elle devra générer plus d’activités et de revenus afin d’accroître une demande solvable indispensable à la transformation rurale et au changement structurel.
Des politiques volontaristes devront être mises en œuvre avec des investissements massifs dans les infrastructures, la formation et l’innovation, le fonctionnement des marchés et l’intégration régionale, en veillant à réinvestir dans des stratégies de développement globales, longtemps délaissées au profit d’approches sectorielles trop faiblement articulées. La mise en œuvre de démarches territorialisées, renforçant les relations villes-campagnes et les fonctions des petites villes et bourgs ruraux, constitue l’une des principales recommandations issues des leçons du programme RuralStruc.
Le programme RuralStruc
Le programme RuralStruc sur les changements structurels des économies rurales dans la mondialisation est né d’une initiative conjointe de la Banque mondiale, de la Coopération française et du Fida. Lancé en 2006 pour une durée de quatre ans, le programme a été soutenu par un fonds multibailleur et a bénéficié de l’appui de trois chercheurs du Cirad, dont son coordonnateur. Il a réuni sept équipes nationales — Mexique, Nicaragua, Maroc, Sénégal, Mali, Kenya, Madagascar — dans un dispositif comparatif en deux phases (2006-2007 et 2007-2010), destiné à mettre en évidence la diversité des processus de changement et les modalités d’adaptation des ménages ruraux. Il s’est, notamment, appuyé sur des enquêtes réalisées auprès de 8 000 ménages dans 26 régions représentatives de la diversité des situations nationales. Au-delà de la coordination des travaux, le Cirad a également été directement impliqué dans les activités au Mali au travers d’un consortium avec la Michigan State University et l’Institut d’économie rurale. La diffusion des résultats au niveau national, mais aussi auprès des organisations régionales et des bailleurs de fonds, permet d’alimenter le débat sur les politiques de développement et la place particulière du secteur agricole et rural dans le changement structurel des pays en développement.