Pierre Montagne
Antananarivo, Madagascar
Biens et services des écosystèmes forestiers tropicaux
06/2011
Depuis 1999, Madagascar s’est engagé dans une politique de l’énergie domestique, qui doit permettre, dans le cadre d’une gestion durable des écosystèmes forestiers, de fournir de l’énergie, principalement du charbon de bois, aux populations urbaines et d’organiser les filières d’approvisionnement. Cette politique devrait, à terme, bénéficier aux ménages ruraux, qui trouvent dans la vente du charbon de bois un complément de revenus. A partir de l’exemple de la ville de Mahajanga, le Cirad et ses partenaires prouvent qu’il est possible de mettre en place une gestion durable et décentralisée de l’approvisionnement en charbon de bois des centres urbains de Madagascar.
A Madagascar, le charbon de bois procure près de 90 % de l’énergie de cuisson aux citadins. La politique énergétique doit donc concilier protection des écosystèmes forestiers et satisfaction des besoins quotidiens de ces populations. Concrètement, il s’agit d’assurer une gestion durable des forêts pour la production de ce charbon, d’organiser les filières d’approvisionnement et, indirectement, de lutter contre la pauvreté puisque l’activité charbonnière fournit à des milliers de producteurs un complément monétaire essentiel. Le Cirad et ses partenaires, grâce à des approches innovantes à tous les niveaux de la filière, ont pu mettre en place un cadre de gestion durable et décentralisé de l’approvisionnement en charbon de bois de la ville de Mahajanga dans l’ouest de Madagascar.
A l’échelle locale, les travaux ont porté sur l a mise en place de contrats de transfert de gestion de l’Etat aux communautés villageoises pour la production durable de charbon de bois et sur la formation des acteurs — charbonniers, membres des associations villageoises, représentants des communes ou de l’administration forestière de l’Etat. C’est ainsi que vingt-deux contrats ont été signés et que plus de quatre cents charbonniers ont été formés aux techniques améliorées de carbonisation. Les agents de contrôle forestier communaux ont également été formés pour établir un système de contrôle forestier et de fiscalité forestière décentralisé. A l’échelle régionale, les autorités ont publié un arrêté qui valide l’ensemble du dispositif et donne à l’administration forestière la possibilité d’organiser cet approvisionnement.
A l’échelle nationale et après l’organisation de plusieurs concertations avec tous les acteurs, il a été possible de proposer à l’Etat un décret pour réviser la réglementation sur la fabrication du charbon de bois, qui actualise le cadre légal pour le bois énergie à Madagascar.
Alors que près de 80 % de l’approvisionnement de la ville se fait de façon illicite, que la demande ne fait qu’augmenter, passant de 15 000 tonnes à 20 000 tonnes par an entre 1999 et 2009, et que les autres sources d’énergie, notamment le gaz, restent hors de portée des citadins, cette vision pragmatique, qui impose de gérer la ressource pour répondre à la demande urbaine, a reçu l’approbation de l’administration. Celle-ci reconnaît ainsi que le charbon de bois est un produit de première nécessité, au même titre que le riz et l’huile, et qu’il convient de réglementer sa production de manière différente de celle des autres produits forestiers.
Arina, le charbon de bois à Madagascar
Cet ouvrage dresse le bilan des travaux sur le charbon de bois réalisés dans la région Boeny, dans le cadre du projet de carbonisation améliorée et de contrôle forestier décentralisé (Caramcodec, Arina en malgache). Il préconise une vision pragmatique et avance des propositions légales et réglementaires pour la production de ce produit de première nécessité.
Montagne P. et al., 2010. Arina, le charbon de bois à Madagascar : entre demande urbaine et gestion durable. Antananarivo, Cite, 187 p.