David-Benz H., Diallo A., Lançon F., Meuriot V., Rasolofo P., Temple L., Wane A., 2010. L’imparfaite transmission des prix mondiaux aux marchés agricoles d’Afrique subsaharienne. Farm, Cirad.
Frédéric Lançon
Montpellier
Acteurs, ressources, territoires dans le développement (UMR Art-Dev)
06/2011
Comment les prix agricoles internationaux influent-ils sur les prix domestiques ? Une étude menée par le Cirad sur la flambée du prix international du riz en 2008 et ses répercussions sur les prix du vivrier dans cinq pays d’Afrique subsaharienne démontre que cette influence varie en fonction de la part de marché des produits importés dans l’alimentation des populations et du degré de substitution entre aliments importés et aliments produits localement. Des résultats qui prouvent que les prix des produits alimentaires sont avant tout déterminés par les marchés domestiques.
Afin d’éclairer le débat sur l’impact de la flambée des prix internationaux de 2007-2008 sur les systèmes alimentaires en Afrique subsaharienne, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm) a demandé au Cirad de mesurer la transmission des prix entre les marchés internationaux et les marchés domestiques. L’objectif était d’évaluer dans quelle mesure la hausse des prix internationaux se répercutait sur les prix des produits vivriers cultivés localement et pourrait ainsi inciter les petits producteurs à accroître leurs productions pour réduire la dépendance alimentaire de leurs pays. Ce projet a été réalisé par une équipe d’économistes du Cirad et de partenaires du Sud, spécialisée dans l’analyse économétrique des séries temporelles et dans l’étude des marchés agricoles internationaux.
L’étude a été réalisée sur le riz. C’est en effet l’un des produits emblématiques de la flambée des prix sur les marchés internationaux des céréales et l’une des toutes premières importations alimentaires africaines. L’intensité de la transmission, permanente ou conjoncturelle, a été mesurée à partir de l’évolution des prix du riz sur le marché international, du riz importé sur les marchés domestiques, du riz produit localement et d’autres produits vivriers de base locaux, comme le mil, la banane plantain et le manioc. L’évolution des prix du riz importé, local et des autres produits vivriers a été analysée dans cinq pays, dont les systèmes alimentaires sont plus ou moins ouverts au riz importé : Sénégal, Mali, Niger, Cameroun et Madagascar.
Dans le cas du Sénégal, où le riz importé est un aliment de base, on obtient une relation de co-intégration entre le prix international du riz, le prix domestique du riz importé et le prix du riz local ; le prix international déterminant donc en permanence le prix du riz sur le marché intérieur. En revanche, dans le cas du Mali et de Madagascar, où le riz importé n’est qu’une source d’appoint pour l’offre de riz sur le marché local, le prix du riz est essentiellement déterminé par l’offre de riz local. Pour la diffusion de la flambée du prix du riz sur le marché international aux prix des autres vivriers, les relations testées ne montrent aucune transmission permanente, bien qu’à court terme la hausse des prix sur le plan international ait perturbé conjoncturellement l’évolution des prix sur les marchés vivriers, ces chocs étant absorbés en quelques mois.
Ces résultats soulignent la complexité de la formation des prix alimentaires dans les pays africains, même en situation de déficit alimentaire. La transmission imparfaite des prix internationaux aux produits vivriers locaux confirme la présence de fortes segmentations entre les filières de produits importés et locaux. Ces segmentations résultent des spécialisations géographiques (zone enclavée, côtière), sociales (niveau de revenu) et culturelles (pratiques alimentaires), mais aussi des politiques commerciales (tarifs). Les stratégies de sécurité alimentaire ne peuvent donc pas reposer uniquement sur une régulation des importations de produits alimentaires, les niveaux des prix de ces derniers n’ayant pas nécessairement un impact structurel sur les marchés locaux. Une politique d’incitation à la hausse de la production locale fondée sur les prix passe donc par une aide qui permette d’adapter les produits alimentaires locaux pour qu’ils puissent devenir de véritables substituts aux produits alimentaires importés.