Dossier constitué à l'occasion de la participation du Cirad au Salon international de l'agriculture de Paris, février 2009.
Les fruits et légumes sont des produits à forte valeur ajoutée et à haute valeur nutritionnelle, riches en vitamines, en minéraux, en fibres et en molécules naturelles uniques. Pourtant, dans les pays industrialisés comme dans les pays en développement, leur consommation est très insuffisante. Ils représentent également un moteur social et créent de nombreux emplois. Aussi sont-ils au cœur des enjeux mondiaux de sécurité alimentaire, de santé publique et de lutte contre la pauvreté.
Une prévention contre les maladies du XXIe siècle ?
La preuve est faite qu’une consommation régulière en fruits et légumes réduit fortement les risques de certaines maladies chroniques, dites aussi « non transmissibles », comme l’obésité, le diabète de type II, les maladies cardio-vasculaires et certains cancers. Alors qu’elles touchaient surtout les pays riches, les habitants des pays en développement en souffrent aujourd’hui de plus en plus, notamment dans les villes.
Pour une personne adulte
• avec 600 grammes de fruits et légumes par jour (220 kilos par an), l’effet préventif est avéré contre les maladies chroniques et leur risque est fortement diminué
• entre 400 et 600 grammes par jour (150 à 220 kilos par an), ce risque est diminué, mais l’effet préventif est moindre
• en dessous de 400 grammes par jour, le risque est très élevé
Une arme pour lutter contre la malnutrition
Dans le monde, plus de 800 millions de personnes sont sous-alimentées : elles souffrent d’un apport énergétique insuffisant associé à des carences en protéines, en vitamines, en particulier les vitamines A et B, et en minéraux, tels que l’iode, le fer et le zinc. Parmi elles, environ 200 millions d’enfants de moins de 5 ans sont atteints de troubles physiques et mentaux liés à ces carences. Les fruits et légumes, par leur richesse en minéraux et vitamines, sont indispensables à la lutte contre cette malnutrition.
Sur le continent africain, près de 70% de lapopulation est affectée par la carence en fer.
En Afrique sub-saharienne, près de 40% des habitants sont affectés par la carence en vitamine A.
Tropiques, tant de contraintes !
Dans les pays tropicaux en développement ou émergents, l’activité agricole concerne encore la majorité de la population. Les fruits, légumes et tubercules sont produits par de petites fermes et, dans une moindre mesure, par de grandes exploitations. Ils sont aussi récoltés dans la nature ou cultivés dans des jardins par de très nombreuses familles, rurale sou citadines. Cueillette et production alimentent les marchés locaux et nationaux. Les exportations sur les marchés internationaux restent modestes, mais elles procurent de substantiels revenus aux agriculteurs et les filières d’exportation créent de nombreux emplois directs et induits.
Les cultures maraîchères et fruitières exigent beaucoup de techniques et de savoir-faire. Elles sont souvent très sensibles aux maladies et aux insectes ravageurs.
Les produits récoltés sont fragiles et périssables et peu de procédés de conservation et de transformation sont adaptés aux contraintes tropicales.
Les circuits de marché sont souvent complexes et demandent de plus en plus de garanties de qualité.
L’accès aux produits récoltés est un problème quotidien. Les difficultés de transport sont parfois insurmontables : certaines zones de production sont très enclavées, les réseaux routiers sont insuffisants et défectueux…
Toutes ces contraintes ont des conséquences directes : les prix à la vente sont élevés, les quantités disponibles sont insuffisantes, et les traditions culinaires ne donnent pas forcément la part belle aux fruits ou aux légumes.
Pour faciliter la consommation des fruits et légumes
A travers le monde, des programmes sont lancés avec l’appui d’organismes internationaux. Leur objectif est de réduire la malnutrition et les maladies chroniques en favorisant la consommation des fruits et légumes. Fondés sur l’indispensable alliance entre l’agriculture, la santé, l’éducation et les politiques publiques, ces projets concernent les pratiques culinaires, les marchés et les techniques agricoles et agroalimentaires.
Nourrir les villes en quantité, en variété et en qualité
Les pays tropicaux en développement ou émergents ont en commun une forte croissance des villes et une agriculture périurbaine en plein essor.
Le secteur de la production, de la transformation et de la vente des fruits et légumes y occupe une place essentielle et répond à des besoins croissants des villes tropicales : produire à proximité des lieux de consommation, éviter les pertes, et réduire les coûts et les temps de transport.
Mais pour les communautés urbaines, l’agriculture urbaine pose autant de problèmes qu’elle en résout : conflits fonciers, usage concurrentiel de l’eau, gestion des déchets, pollution, qualité sanitaire des produits, …
Comment concilier ces perceptions différentes ?
Des modes de concertation entre les conseils municipaux et les agriculteurs se mettent en place.
A Cotonou, capitale du Bénin, des parcelles sont mises à la disposition des producteurs, qui se sont regroupés en Union communale.
A Kampala, capitale de l’Ouganda, l’agriculture et l’élevage sont reconnus comme une activité urbaine à part entière.
A Hanoï, capitale du Vietnam, le Cirad a organisé des rencontres entre les acteurs de la filière légumes, les producteurs des montagnes et ceux proches des villes pour améliorer de l’approvisionnement des marchés.