Le criquet nomade révèle son code couleur (Article, 21/10/2011)
25/10/2011 - Communiqué de presse
Durant l’été 2011, une invasion de criquets, au sud de la Russie, s’est attaquée à toutes les récoltes. Le Cirad qui a une longue tradition de recherche sur ces insectes a pu détecter qu’il s’agissait de criquets dits « migrateurs », des ravageurs qui peuvent parcourir en essaim, de très longues distances et infliger des dégâts très sévères aux cultures.
Pélerins, migrateurs ou nomades, ces criquets, capables de grégariser et de former des essaims dévastateurs, peuvent, dans certains cas, profiter du réchauffement climatique pour envahir de nombreuses terres cultivées.
Et Jean-Michel Vassal, chercheur au Cirad, de raconter : « Le Criquet pèlerin, considéré comme le plus dangereux, se développe dans les régions désertiques. Ses terres de prédilection vont de l’Afrique saharienne à la frontière indo-pakistanaise. Dans l’Atlas marocain, ce criquet résiste au froid de l’hiver, même sous la neige. Le Criquet migrateur, dont on a parlé récemment dans les médias, préfère quant-à lui des zones un peu plus humides comme le delta central du fleuve Niger au Mali et les pourtours du lac Tchad, de la mer Noire et de la mer Caspienne. On le retrouve aussi en grand nombre dans le sud-ouest de Madagascar et en Indonésie où il occasionne de gros dégâts. Bien qu’il soit présent en France, il n’y a pas formé d’essaim depuis la fin des années 40. L’évolution des pratiques agricoles, la déforestation, et sûrement le changement climatique influencent positivement ou négativement le développement de ces ravageurs ».
Il est difficile de prédire les invasions acridiennes qui peuvent être espacées de dizaines d’années. La stratégie actuellement développée sur le terrain est la lutte préventive qui associe une surveillance des conditions écologiques et des prospections régulières dans les zones de reproduction du Criquet pèlerin avec des traitements précoces sur les premiers cas de regroupement. Aussi les scientifiques ont-ils recours en particulier à la modélisation spatiale, qui, en croisant des données issues de l’imagerie satellitaire avec les relevés historiques de prospection permet d’établir des cartes de probabilité de présence acridienne.
En 1998 et 2004, la FAO, la Banque Mondiale et toute la communauté internationale se mobilisaient pour l’Afrique qui subissait de sévères invasions de Criquets pélerins. Des aides financières, des outils et des infrastructures ont été fournies aux pays. Depuis, le continent africain est « en période de rémission ».
Le Mali, le Niger et le Tchad doivent financer la lutte préventive, mais aussi faire face à d’autres priorités comme nourrir leurs populations et assurer leur santé. Pourtant, sans lutte préventive bien menée, le risque de nouvelles invasions augmente.
La Mauritanie par exemple, qui abrite une importante zone grégarigène est menacée par les Criquets pélerins qui s’y développent toute l’année. Un relâchement dans l’effort de lutte préventive serait très dangereux, non seulement pour le territoire mauritanien, mais aussi pour les pays voisins comme le Maroc et Sénégal, qui recevraient alors des essaims.
A Madagascar , malgré de nombreux et coûteux programmes de développement dans le domaine de la lutte contre le Criquet migrateur, la situation continue à être critique dans le sud-ouest de l’île, et la communauté internationale est encore obligée d’intervenir.
Le Cirad en lien étroit avec la FAO et ses commissions régionales, en particulier la CLCPRO (Commission de lutte contre le Criquet pèlerin en région Occidentale) apporte sa composante recherche dans des projets de lutte préventive comme le programme multilatéral EMPRES dont la phase 1 vient de se terminer. La phase 2 de ce programme, actuellement en recherche de financements, doit déboucher sur une prise en charge de la lutte préventive par les états abritant des zones de reproduction du Criquet pèlerin, la communauté internationale n’intervenant qu’en cas de crise. « Il ne faut pas que la période calme en matière acridienne dans laquelle nous nous trouvons actuellement devienne pour tous une période d’oubli qui obligerait à repartir de zéro à la prochaine crise » explique Jean-Michel Vassal.
Aujourd’hui, les scientifiques souhaitent que la lutte contre le criquet pèlerin soit abordée comme un système de gestion d’un risque naturel, en considérant les mécanismes biologiques et écologiques en cause, et en y intégrant l’étude des mécanismes sociaux, économiques, organisationnels et culturels trop souvent négligés. « C'est l'une des clefs pour assurer la durabilité du système de lutte. Nous devons envisager une approche plus anthropologique des problèmes acridiens et les considérer comme une composante de la dynamique des écosystèmes sociaux » .
La motivation des acteurs, la gestion des périodes de rémission, et le rôle de l’interface sciences-société dans l’organisation de la lutte antiacridienne contre le Criquet pèlerin en Afrique occidentale fait actuellement au Cirad l’objet d’une thèse d’un étudiant canadien en collaboration avec le Département de Géographie de l’ Université de Tucson (Arizona) dans le cadre du projet SETER financé par Agropolis Fondation.