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Sur le site de la Banque mondiale
Le rapport RuralStruc sur les transformations rurales dans les pays en développement présenté à la Banque mondiale (Actualité, 15/12/2011)
Interview de Bruno Losch, coordonnateur de RuralStruc (site ipar.sn)
07/02/2012 - Article
Malgré 25 ans de libéralisation, la structure des économies d’Afrique subsaharienne a peu évolué et l’agriculture reste un levier majeur pour faciliter leur changement. C’est ce que relève l’étude d’envergure RuralStruc qui a permis de comparer la situation des ménages ruraux et le rôle de l’agriculture dans 7 pays d’Afrique et d’Amérique latine. Des politiques territoriales volontaristes sont la clé de la croissance agricole et de la diversification rurale qui permettront d’accélérer la sortie de la pauvreté. Le rapport est disponible en ligne.
Les économies rurales des pays les plus pauvres restent marquées par le poids d’une agriculture encore largement tournée vers l’autoconsommation, peu affectée par les recompositions économiques globales. Ces constats sont le résultat des enquêtes menées par RuralStruc, un vaste programme de recherche mis en œuvre par la Banque mondiale, cofinancé par le Fonds international de développement agricole (Fida) et la coopération française, avec un important appui des chercheurs du Cirad. Grâce à des enquêtes réalisées dans 7 pays (Mexique, Nicaragua, Maroc, Sénégal, Mali, Kenya et Madagascar) auprès de 8 000 familles, RuralStruc a analysé finement la réalité socio-économique de 26 zones rurales. Une réalité qui repose encore très largement sur l’agriculture, puisque 93 % des familles enquêtées possèdent des exploitations agricoles.
Une pauvreté rurale récurrente
Le programme a démarré en 2006 quand les négociateurs du cycle de Doha débattaient des retombées possibles d’une libéralisation du commerce international censée stimuler le développement des pays pauvres. Les objectifs de l’OMC sont désormais loin de l’actualité. Mais les résultats de RuralStruc, rappellent les décideurs à la réalité : dans un contexte de grande hétérogénéité des situations locales, la pauvreté est généralisée, et particulièrement forte en Afrique subsaharienne où 70 à 80 % des ménages enquêtés ont des revenus par tête nettement inférieurs à 2 dollars PPP (à parité de pouvoir d’achat) par personne et par jour. Et ce résultat est le plus souvent tiré vers le haut par seulement une poignée de familles qui s’en sortent un peu mieux. La proportion des ménages en dessous du seuil de 2$ oscille entre 30 et 40 % au Maroc et au Nicaragua, dans des contextes un peu plus favorables, et tombe à 10 % au Mexique, le pays le plus avancé au sein de l’échantillon dans le processus de transformation rurale. « Dans un tel contexte de pauvreté, la minimisation des risques et la recherche de la sécurité alimentaire par la production vivrière et l’autoconsommation sont la règle » souligne le rapport RuralStruc.
L’intégration à l’économie mondiale atteint difficilement le petit producteur
Les enquêtes révèlent également des réalités rurales qui sont le plus souvent éloignées de la « révolution des supermarchés » et du développement de la contractualisation entre firmes et producteurs, fréquemment mis en avant dans la littérature. Les stratégies anti-risques des exploitants agricoles et des connexions aux marchés internationaux souvent difficiles expliquent la prépondérance des cultures alimentaires – principalement céréales et tubercules - dans les choix des producteurs : elles représentent entre 65 et 80 % du produit brut agricole des ménages enquêtés en Afrique subsaharienne. La connexion aux marchés internationaux, lorsqu’elle existe, s’effectue d’abord via des filières d’exportation classiques (coton, arachide, café) dont le développement s’est inscrit dans la durée et mobilise des circuits de commercialisation traditionnels. Les exportations à haute valeur ajoutée sont le plus souvent très localisées, liées à des opérateurs spécialisés, et ne concernent en conséquence qu’une faible proportion d’exploitations agricoles. Les marchés des produits alimentaires au niveau national et sous-régional restent les plus accessibles et bénéficient d’une demande forte et durable. Leur développement, en faisant sauter le verrou du risque pour le producteur, est une clé pour l’innovation et la diversification rurale.
L’emploi, premier défi pour l’Afrique
L’étude fait apparaitre une spécificité africaine, la poussée des jeunes actifs, liée au stade de sa transition démographique. Le nombre de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail, estimé aujourd’hui à 17 millions pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, atteindra 25 millions en 2025, soit une offre cumulée en travail de l’ordre de 330 millions d’ici quinze ans (l’équivalent de la population actuelle des Etats-Unis), dont près de 200 millions en zone rurale. Avec 65 % des actifs toujours dans l’agriculture, les alternatives d’emploi dans d’autres secteurs sont relativement limitées à court et moyen terme (la forte urbanisation africaine s’est effectuée sans industrialisation). Au-delà de la fonction de production, le secteur agricole devra impérativement générer plus d’activités et de revenus et la création d’emplois doit devenir un critère incontournable des choix de développement agricole. Ils conduisent à privilégier les agricultures familiales qui représentent l’écrasante majorité de l’emploi agricole, et à conditionner les facilités accordées éventuellement au secteur entrepreneurial au respect de critères en termes d’emploi.
Réinvestir les stratégies de développement pour répondre aux défis structurels
Des politiques volontaristes doivent favoriser l’augmentation des revenus agricoles par l’amélioration de la productivité et une meilleure accessibilité au marché. Car les revenus agricoles sont la clé de la demande rurale et de la nécessaire diversification en dehors de l’agriculture. Les niveaux de pauvreté imposent toutefois des investissements massifs dans les infrastructures, la formation et l’innovation, le fonctionnement des marchés et l’intégration régionale, dont la cohérence doit être assurée par de nécessaires stratégies de développement. Les approches globales ont été trop longtemps délaissées au profit d’approches sectorielles insuffisamment articulées. L’une des principales recommandations du programme RuralStruc consiste justement en la mise en œuvre de démarches territorialisées qui constituent le niveau adéquat d’identification des opportunités et contraintes du développement économique et de l’indispensable définition des priorités d’action. L’une d’entre elles est le renforcement des fonctions des petites villes et bourgs ruraux nécessaire à la densification des relations villes-campagnes – clé de la diversification rurale.
Ce rapport résulte de la synthèse d’un important travail de recherche en partenariat avec sept équipes nationales qui ont recueilli, analysé les données, et participé à la mise en débat des résultats du programme, dans leur pays et à l’international. Il sera prochainement édité en anglais sous forme d’un ouvrage dans la série Africa Development Forum (co-édition Banque mondiale – AFD) puis traduit en français.
Les principaux résultats du programme ont d’ores et déjà été utilisés comme source de référence du Rural Poverty Report 2010 du Fida. Ils ont également été présentés à la Global Donor Platform for Rural Development, et contribuent directement au développement de Rural Futures, la nouvelle initiative du Nepad (Union africaine).