Rapport annuel
Philippe Tixier
Le Lamentin, Martinique
Courriel
05/08/2011 - Article
Les charançons occasionnent des dégâts considérables aux bananiers qu’ils infestent. Pour comprendre la dispersion de ces ravageurs dans les champs, le Cirad a lancé une étude sur leurs déplacements en les équipant de puces miniatures à fréquences radio. Grâce à un modèle qui simule la colonisation des parcelles, il a aussi démontré que la structure du milieu avait un impact sur ces déplacements. Des résultats qui devraient permettre de mieux gérer la lutte par piégeage.
Le charançon noir du bananier (Cosmopilites sordidus ), un insecte originaire d’Asie du Sud, infeste désormais toutes les zones de production et arrive en tête des ravageurs dans de nombreuses régions, notamment en Afrique de l’Ouest. Ce sont ses larves qui provoquent des dégâts sur les bananiers en creusant des galeries dans le bulbe, entraînant des problèmes d’alimentation pour la plante et parfois sa chute. Mais comment le charançon se déplace-t-il dans les milieux hétérogènes que constituent les plantations et sur quels critères sélectionne-t-il ses habitats ? Enfin, quels agencements de parcelle permettraient de limiter la colonisation des bananeraies indemnes ? Ce sont les questions auxquelles une équipe du Cirad a répondu en utilisant la radiotélémétrie et la modélisation.
Des charançons équipés de puces
La lente dispersion des charançons adultes se fait par la marche. Les parcelles de bananiers sont colonisées à partir de parcelles voisines déjà infestées ou de réservoirs, comme les habitats semi-naturels de bananiers
sauvages. L’organisation des parcelles dans le paysage agricole joue donc un rôle important dans les déplacements du charançon, de même que l’agencement des différents éléments au sein des parcelles — bananiers, résidus de culture, plante de couverture, pièges à phéromones…
Des charançons ont donc été équipés de puces à fréquences radio (RFID), qui permettent, grâce à leurs émissions captées par un détecteur, de suivre leurs déplacements avec une précision de 30 centimètres. En analysant les cartes de leurs trajectoires, il a été possible de comprendre comment les individus sélectionnaient leurs habitats. Ces données ont été intégrées dans un modèle de type individu-centré (Cosmos
), qui simule la propagation spatiale et les attaques des charançons en fonction des différents éléments du système de culture. En comparant les données d’infestation observées aux données simulées, on a pu valider le modèle et l’utiliser pour explorer l’effet de différentes dispositions spatiales des bananiers sur le comportement des charançons.
Comment organiser la bananeraie pour limiter les attaques ?
Le modèle montre que la colonisation d’une parcelle est plus rapide lorsque les bananiers sont plantés de manière régulière plutôt qu’en groupes. Il révèle aussi le rôle essentiel de la zone de transition entre la bananeraie et la jachère sur l’optimisation du piégeage, une méthode de lutte utilisée dans les plantations de bananiers pour l’exportation. Ces résultats permettent déjà de disposer de manière plus efficace les pièges d’interception contenant la phéromone d’agrégation. Dans le cadre d’une gestion globale du charançon, les travaux vont se poursuivre sur la régulation des populations par leurs ennemis naturels.
Vinatier F. et al., 2011. Factors and mechanisms explaining spatial heterogeneity: A review of methods for insect populations. Methods in Ecology and Evolution, 2 : 11-22.