Jean-Marc Roda
Kepong, Malaisie
Courriel
10/05/2011 - Article
Mieux connaître le marché domestique du bois en Malaisie, c’est l’objectif atteint avec succès par un projet coordonné par le Cirad. Grâce à une méthodologie d’enquête extrêmement robuste, les résultats offrent aux décideurs politiques des clés inédites pour soutenir ce secteur d’activité.
Depuis quelques années, la Malaisie affiche la volonté de sortir d’un modèle économique basé sur les exportations pour favoriser davantage ses marchés intérieurs et améliorer la gestion de ses ressources naturelles. Cette tendance se vérifie particulièrement pour le secteur du bois. Mais par quels moyens soutenir un marché domestique très mal connu ? Le gouvernement a fait appel au Cirad pour dresser un état des lieux de ce secteur d’activité et identifier des leviers d’action. Après 18 mois d’existence, le projet « Domestic Trade of Forest products in Penisular Malaysia » vient de s’achever sur des résultats inattendus.
Une méthodologie robuste
Jean-Marc Roda, coordinateur du projet et économiste au Cirad se souvient : « Nous sommes partis de presque rien. Quelques statistiques incomplètes sur le marché domestique du bois nous ont aiguillé pour adapter la première enquête de terrain. » GPS en main, son équipe et lui ont quadrillé la Malaisie péninsulaire à la recherche de la moindre activité tournant autour du bois et destinée, au moins en partie, au marché intérieur. Quelques questions simples ont permis de constituer un premier jeu de données brutes : secteur d’activité, nombre de salariés, etc. « Ce travail de base nous a permis d’établir un échantillonnage pertinent, stratifié par catégorie d’activité et par zone géographique » ajoute l’économiste. Dès lors, il était possible de soumettre un questionnaire détaillé à quelques entreprises représentatives du marché malaisien. Quantités d’aspects techniques, économiques et sociaux ont été décortiqués comme la création de valeur, celle d'emplois directs et indirects ou la compréhension de la répartition des richesses et des facteurs d'inégalités sociales. Cette méthodologie, appliquée pour la première fois à l’échelle d’un pays, allie fiabilité des résultats et gain de temps.
Un marché sous-évalué
L’enquête montre que la grande majorité du marché domestique du bois est portée par de très petites entreprises (TPE) de quelques salariés seulement. En outre, ces TPE dégagent beaucoup de valeur ajoutée. A tel point que les soutenir serait, pour le pays, plus rentable que de déforester. D’ailleurs, le marché domestique du bois est très bien placé dans l’économie du pays et se situe parmi les 5 premiers secteurs pourvoyeurs d’emplois. A noter aussi, le rôle majeur des infrastructures dans l’organisation des entreprises et dans la valeur ajoutée du marché.
Ces résultats ont permis de proposer des leviers d'action aux décideurs et d'identifier des voies de développement économique compatibles avec la préservation des forêts tropicales. « Cette étude pourra servir d’exemple pour le modèle de développement d’autres pays
», assure Jean-Marc Roda.