Amélioration génétique et adaptation des plantes
L’Union européenne soutient le réseau New International Network on Edible Aroids (Communiqué de presse, 13/052011)
Le site du projet www.ediblearoids.org
Vincent Lebot
Port-Vila, Vanouatou
Courriel
19/05/2011 - Article
Plante à multiplication végétative, le taro et autres espèces de la famille des aracées, s’adapteront difficilement aux changements environnementaux. Or, ils constituent un aliment de base et un revenu fondamental dans nombres de pays des Suds. Un réseau de chercheurs et d’agriculteurs issus de 16 pays tropicaux entend élargir la base de ressources génétiques du taro, jusqu’alors très limitée, afin de fournir aux producteurs des nouvelles variétés adaptées aux contraintes.
Le taro constitue la base de l’alimentation de nombreuses populations des Suds, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique centrale. D’après la FAO, près de 2 millions d’hectares accueillent chaque année dans le monde des cultures de taro. Ces tubercules sont omniprésents dans tous les jardins de case. Ils ne sont pas saisonniers et permettent ainsi de fournir tous les mois de l’année des produits à base d’amidon. Leur point faible vient cependant de leur mode de reproduction. La multiplication végétative confère en effet au taro et autres aracées une faible diversité et adaptabilité aux changements environnementaux.
Par ailleurs, la plante est une orpheline du système de recherche international, les producteurs étant livrés à eux-mêmes. En l’état actuel des choses, l’avenir de l’espèce semble compromis tant d’un point de vue alimentaire que commercial.
L’urgence : élargir la base génétique du taro
Pour inverser la tendance, les chercheurs estiment qu’il est urgent de constituer une large base génétique des variétés de taro afin de permettre aux populations de maintenir leur sécurité alimentaire face aux changements environnementaux. Accroître le potentiel de l’espèce permettrait également de développer des débouchés commerciaux non encore explorés. A cette fin, le Cirad a rassemblé une vingtaine de partenaires autour d’un projet européen de grande ampleur prévu pour une durée de cinq ans et qui, sur le terrain, concernera pas moins de seize pays tropicaux. « Comme on ne sait pas dans quels sens les changements environnementaux vont se manifester, notre approche – la distribution géographique de diversité allélique - est de donner aux producteurs des munitions variétales », explique Vincent Lebot, chercheur au Cirad et coordinateur scientifique du projet. C’est la première fois qu’autant de chercheurs concentreront leurs forces à l’amélioration variétale des aracées comestibles.
Un réseau international d’agriculteurs et d’améliorateurs
Au cœur du projet on trouve la mise en réseau des ressources génétiques disponibles dans le monde sur les aracées. Le réseau international INEA, pour International Network for Edible Aroids, qui a vu le jour en avril dernier, rassemblera une masse critique de chercheurs. Il aura pour objectifs d’échanger les ressources génétiques, de promouvoir à l’échelle internationale la collaboration entre améliorateurs et agriculteurs et enfin, de créer de nouvelles variétés par voie traditionnelle avec la participation des agriculteurs.
La base de ces ressources sera constituée par un échantillon de 140 cultivars rassemblés dans le cadre d’un projet européen précédent mené par six pays du Sud-Est asiatique et du Pacifique. Les chercheurs viseront en premier lieu l’amélioration de la résistance à la sècheresse et aux champignons Phytophthora colocasiae et Pythium myriotylum qui provoque des baisses drastiques de production ainsi que l’amélioration de la qualité gustative du taro. Le choix des parents pour l’amélioration variétale et la cartographie du génome du taro seront faits par marquage ADN. L’indexation virale permettra d’éviter les virus et de produire du matériel variétal sain. Enfin, grâce aux analyses chimiques, les chercheurs seront à même de différencier les variétés en fonction de leur usage potentiel afin d’élargir le champ des débouchés commerciaux : « il y a taro et taro,
souligne Vincent Lebot, certains se prêtent à la confection de plats culinaires, d’autres à l’extraction de fécule, etc.
»
800 producteurs dans 16 pays tropicaux
Les bénéficiaires des résultats seront indéniablement les producteurs de taro : 800 producteurs sont au cœur de la cible. Ils se situent dans seize pays de la zone tropicale humide: Nicaragua, Costa Rica, Cuba, Trinidad et Tobago, Burkina Faso, Ghana, Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Madagascar, Inde, Indonésie, Philippines, Papouasie Nouvelle Guinée, Vanouatou et Samoa. Et parmi eux, ce sont les femmes qui sont visées en priorité. Elles détiennent en effet la connaissance des variétés et sont les gardiennes des ressources génétiques. Les paysans seront étroitement associés au processus d’amélioration afin d’obtenir les variétés les mieux adaptées à leurs besoins individuels. « On mise sur le fait qu’un producteur qui a accès à de la diversité génétique sait comment l’utiliser pour s’adapter aux changements », précise Vincent Lebot. Leur participation permettra également de mieux diffuser les résultats du projet pour un impact optimal sur le terrain.