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La Transamazonienne doit traverser le Brésil d'est en ouest afin de diminuer l'isolement des régions et favoriser leur développement. © Cirad, P. Sist

Photos

Unité démonstrative de riz et de maïs sur la Transamazonienne, dans le cadre du projet Floagri
Vallée du Napo en Équateur, un des sites d'action du projet Floagri en Équateur, où vivent les populations traditionnelles Kichwas. © Cirad, P. Sist

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Floagri, quand l’agriculture familiale préserve la forêt amazonienne

06/01/2010 - Article

En cinq ans d’existence, le projet Floagri a réussi à mettre en place des techniques pour recultiver les sols dégradés d’Amazonie, stabiliser la production agricole et gérer l’exploitation forestière. Objectifs : protéger l’agriculture familiale et lutter contre la déforestation.

Augmenter ses rendements agricoles sans défricher la forêt, l’idée semblait impensable pour les paysans brésiliens. Le projet Floagri vient finalement de leur démontrer le contraire. En Amazonie, le sol est mince et fragile et une zone de forêt qui vient d’être déboisée n’est généralement pas productive plus de deux ou trois ans. L’agriculteur doit alors en défricher une autre. Afin de sortir les paysans de ce cercle vicieux, le projet Floagri, pour FLoresta e AGRIcultura (en français, forêt et agriculture), a permis d’élaborer des itinéraires techniques pour exploiter durablement un même champ. Complétant la démarche, une réflexion sur la valorisation des zones boisées a également été menée. Selon une récente loi de l’État fédéral, ces zones doivent en effet constituer 80 % des propriétés. Comment alors extraire un revenu de cette forêt non défrichée ? Initié en 2005, le projet Floagri vient de s’achever. Il répond en partie à ces questions.

Des rendements trois fois supérieurs à la moyenne régionale

Au Brésil, une douzaine d’agriculteurs y ont participé. Leur préoccupation principale étant la sécurité alimentaire, le premier objectif fut de mettre en place, sur un à deux hectares, des plantations permanentes de riz ou de maïs sur des terrains improductifs ou sur de nouvelles parcelles à pérenniser. «Les premières années, il est souvent indispensable d’ajouter un minimum d‘engrais et des herbicides pour contenir la prolifération des mauvaises herbes , explique Plinio Sist, coordinateur de Floagri et chercheur au Cirad. Mais les rendements sont au rendez-vous : entre 4 et 6 tonnes de céréales par hectare contre une moyenne régionale d’une à deux tonnes/ha. »
Pour maintenir ces cultures de manière plus écologique, les agronomes ont tenté d’adapter au climat tropical humide des techniques de semis direct sous couvert végétal (SCV). Habituellement développées sous des latitudes moins pluvieuses, l’objectif des SCV est de recouvrir le champ de plantes choisies juste avant la récolte pour empêcher les mauvaises herbes d’envahir la parcelle. L’adaptation aux conditions amazoniennes constitue un travail de longue haleine : la date de plantation de l’espèce de couverture, cruciale sous ce climat, doit notamment encore être précisée. Cependant, à terme, cette méthode devrait permettre de réduire l’usage des herbicides mais aussi d’engrais. Car les SCV offrent un second avantage : si l’espèce de couverture est une légumineuse, famille de plantes connue pour enrichir le sol en azote, elle devient un véritable fertilisant naturel.
La mise en place de l’itinéraire technique proposé par Floagri demande un investissement initial d’environ 2500 euros en matériel, expertise du sol et intrants. Cette somme correspond aux prêts alloués aux paysans par le Programme d'appui à l'agriculture familiale (Pronaf). «Les agriculteurs que nous avons accompagnés sont enthousiastes, se réjouit le chercheur, ne plus avoir à défricher la forêt réduit considérablement le travail. En outre, les excédents de production peuvent être vendus ou alimenter un élevage de volailles. »

Intégrer agriculture et forêt pour un développement territorial durable

Quant à la forêt, n’étant plus défrichée, elle est à nouveau présente sur la propriété des agriculteurs et peut être exploitée. Comment alors en effectuer une gestion durable ? Cette question a constitué le second volet du programme Floagri. La vente de bois constitue une rente conséquente mais très occasionnelle : seulement 3 à 4 arbres par hectare sont exploitables tous les 30 ans. Selon Plinio Sist, une solution pour exploiter le bois durablement tout en obtenant une rémunération plus régulière est de regrouper les agriculteurs au sein de coopératives : «Afin de promouvoir une gestion communautaire, nous avons évalué les modalités de mise en œuvre de plans d’aménagement forestier pour formuler des recommandations, par exemple, sur le prix minimum du bois ou les conditions de partenariat entre entreprise forestière et agriculteurs. » Quant aux ressources non ligneuses (fruits, caoutchouc, produit médicinaux) qui pourraient assurer des rémunérations plus régulières, elles ajoutent une lourde charge de travail pour un marché fluctuant et très vite saturé.

Reste encore à ce que les politiques publiques appuient la mise en œuvre de ces itinéraires techniques pour que ces modèles essaiment. Il en va de la survie de l’agriculture familiale et de la sauvegarde de la forêt amazonienne.

  • Catégories : Science

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