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Déforestation et changement climatique : agir sur les causes (PDF - 279,39 ko)
Alain Karsenty
Montpellier, France
Courriel
14/12/2010 - Article
Les discussions du sommet de l’Onu sur le climat n’ont pas fait avancer la question de la déforestation. Décryptage des négociations avec Alain Karsenty, économiste au Cirad.
À la veille de l’année internationale de la forêt, le mécanisme Redd+ (Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation) n’a toujours pas de squelette opérationnel. C’était pourtant l’une des attentes majeures de la 16e conférence des parties signataires de la Convention climat qui vient de s’achever à Cancún (Mexique). L’initiative Redd+, qui vise à récompenser les pays en développement pour la protection et la gestion durable des forêts, occupe deux pages sur les 30 que compte le texte adopté au sommet de l’Onu.
Alain Karsenty, économiste au Cirad et expert de la question, note que le texte « fait mention du respect des droits des populations autochtones et des communautés locales. En revanche, il n’aborde pas la question très controversée de la vente de crédits carbone qui pourraient être obtenus grâce aux mécanismes Redd+. » L’idée d’inclure la Redd dans le marché du carbone soulève, en effet, plusieurs problèmes, notamment celui de la quantification des émissions de CO2 évitées par un projet. « Le mécanisme repose sur des scénarios de référence du type : « que se passera-t-il si l’on ne fait rien ? » qui sont, par définition, invérifiables » ajoute le chercheur. La perspective d’une rémunération directe des « projets Redd » par le marché du carbone rend le problème encore plus aigu : « faute de s’attaquer aux causes de la déforestation, les projets tendent simplement à déplacer les pressions de déboisement dans d’autres zones, ce qui peut annuler entièrement les gains de carbone revendiqués. »
Pour Alain Karsenty, si les négociations piétinent, c’est en grande partie car « le champ des activités éligibles à la Redd+ s’est élargi sous la pression de divers groupes d’intérêts publics et privés. » Au départ la Redd concernait la seule déforestation. Puis, au fur et à mesure des discussions, se sont ajoutées la dégradation, la gestion forestière, les plantations d’arbres et enfin, la conservation des stocks de carbone. « L’extension continue du champ de la Redd+ est présenté comme un progrès par ceux qui confondent avancées et fuite en avant. En réalité, chacune de ces activités a fait voler en éclat le relatif consensus initial de trois communautés distinctes d’intérêts : celle qui accorde la priorité au carbone, celle qui s’inquiète pour la biodiversité et celle qui défend les intérêts des populations locales. » À cela s’ajoute l’opposition frontale entre les partisans d’une inclusion de Redd+ dans le marché du carbone et ceux qui plaident pour un fonds global alimenté par une fiscalité internationale à mettre en place.
« Faut-il encore attendre un consensus pour disposer d’un instrument capable de s’attaquer aux causes de la déforestation ? » s’interroge l’économiste, alors qu’un certain nombre de pays pourrait d’ores et déjà initier la création d’un fonds international de lutte contre la déforestation. « Un tel fonds pourrait être alimenté, au moins dans un premier temps, par des financements innovants comme une taxe sur les billets d’avion, selon l’excellente proposition du financier américain Georges Soros. La Norvège, qui s’est engagée à verser jusqu’à un milliard de dollars au Brésil et à l’Indonésie pour financer la lutte contre la déforestation, souhaiterait qu’un tel fonds vienne rapidement relayer son effort quasi-solitaire. »