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Philippe Feldmann
Montpellier, France
Courriel
29/01/2010 - Article
Face aux changements globaux, la biodiversité constitue une pierre angulaire du développement des générations humaines actuelles et futures. Entretien avec Philippe Feldmann, chargé de mission Biodiversité au Cirad, sur la gestion de la biodiversité et la valorisation des ressources génétiques.
La biodiversité est un concept complexe, recouvrant nombre d’interprétations possibles. Quelle est l’approche de conservation ou de gestion de la biodiversité aujourd’hui privilégiée ?
Philippe Feldmann : Actuellement, face aux grands changements que nous subissons tous sur Terre, on cherche à savoir comment la biodiversité peut permettre à l’humanité d’assurer un développement aux générations actuelles et aux générations futures. Il s’agit d’envisager la biodiversité par rapport à ce qu’elle permet de faire et d’évaluer les services qu’elle rend. Dans ce cadre, la biodiversité peut être vue comme une assurance-vie pour l’humanité : grâce à son maintien on va pouvoir également maintenir des capacités d’adaptation à des conditions nouvelles qu’on ne peut pas forcément anticiper et qui risquent pourtant d’arriver prochainement.
Comment les chercheurs s’y prennent-ils pour assurer le maintien de la biodiversité ?
Ph. F. : La première chose à faire, c’est de comprendre la manière dont la biodiversité fonctionne. On part d’une situation où il y a déjà eu un impact majeur des activités humaines. Par exemple, de nombreuses situations insulaires, qui sont souvent des points chauds de biodiversité, ne présentent plus qu’une fraction de la diversité qui existait auparavant. Par contre, malgré ces impacts négatifs des activités humaines, il subsiste encore souvent une diversité importante qui pourrait fournir des services. Si l’on prend l’exemple des ressources génétiques, on a deux méthodes principales permettant de maintenir cette diversité. La gestion in situ consistant à garder en milieu naturel, ou en « fermes » chez l’agriculteur, la diversité génétique : cela nécessite de très grandes surfaces souvent situées dans des zones difficiles à protéger. L’autre aspect, qui est certainement moins performant mais plus simple à mettre en œuvre, consiste en des collections ex situ de ressources génétiques. Dans l’Outre-mer tropical, de nombreuses espèces sont concernées par de telles collections : l’igname, le bananier, la canne à sucre, l’ananas, aux Antilles ou encore, sur l’île de la Réunion, le vanillier ou les légumes lontans qui sont des espèces traditionnellement cultivés.
Comment ces ressources peuvent-elles être valorisées et utilisées ?
Ph. F. :
Actuellement, pour une espèce donnée, on peut, à partir de ressources génétiques diversifiées, sélectionner des espèces qui seront adaptées aux futures nouvelles conditions – climatiques, ou liées à l’évolution des besoins humains. On aura besoin, par exemple, de plantes qui ne produiront pas des aliments mais des fibres ou d’autres molécules. On aura également besoin de s’adapter aux nouvelles maladies qui pourront émerger.
L’agroécologie essaye de son côté d’optimiser les connaissances sur les interactions naturelles de la biodiversité afin d’obtenir des systèmes de culture durable permettant d’utiliser moins d’intrants. On peut utiliser moins d’engrais en favorisant ou en valorisant la diversité des microorganismes des sols qui vont naturellement produire des éléments nécessaires au développement des plantes et limiter le développement de certains parasites et pathogènes. L’observation de ce qu’il se passe en milieu naturel nous oriente, par exemple, vers la lutte biologique ou des techniques culturales qui permettent de cultiver des variétés plus tolérantes car cultivées en mélange. On sait que si on cultive dans un même champ différentes variétés d’une même espèce, certaines maladies n’arrivent plus à se développer. On a également d’autres solutions qui consistent à intervenir au niveau du territoire et à associer des cultures différentes. Cette approche permet également d’optimiser les ressources naturelles du sol et de sécuriser les rendements. L’agroforesterie est un autre exemple de méthode traditionnellement utilisée dans un grand nombre de pays tropicaux pour essayer d’optimiser les interactions entre les espèces.
Propos recueillis par Elsa Bru
La biodiversité est un concept complexe qui recouvre un grand nombre d’interprétations possibles. Assez classiquement, on distingue trois niveaux principaux de la biodiversité :
Un point chaud de biodiversité est une zone géographique contenant au moins 1500 espèces végétales endémiques
mais qui a déjà perdu au moins 70 % des espèces présentes dans leur état originel.
La surface totale des points chauds ne représente que 2,3 % de la surface de la Terre.
A l’heure actuelle, 34 zones
sont des points chauds. Plus de 50 % des espèces végétales et 42 % des espèces de vertébrés terrestres vivent dans ces points chauds (source : www.biodiversityhotspots.org).
La Réunion, Mayotte, la Guadeloupe, la Martinique, la Nouvelle Calédonie, la Polynésie et Wallis-et-Futuna sont répartis dans quatre points chauds
alors que la France métropolitaine n’est concernée que par un seul point chaud, celui de la région méditerranéenne.