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Jean-Luc Khalfaoui, directeur des relations européennes et internationales du Cirad. © Cirad, E. Bru

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Montpellier accueille la 1re Conférence mondiale sur la recherche agricole pour le développement (GCARD) (Actualité Cirad - 23/03/2010)

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Jean-Luc Khalfaoui
Directeur des relations européennes et internationales
Montpellier, France
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Jean-Luc Khalfaoui: « Vers une coalition mondiale de la recherche contre la faim, la pauvreté et pour la protection de l'environnement»

24/03/2010 - Article

La conférence mondiale sur la recherche agricole pour le développement débutera le 28 mars prochain, à Montpellier. L’urgence est de mettre en ordre de bataille tous les acteurs de la recherche agricole internationale face à de grands défis mondiaux tels que la sécurité alimentaire ou le changement climatique. Comment le système de recherche français et le Cirad en particulier s’intègrent-ils dans cette démarche ? Réponses de Jean-Luc Khalfaoui, directeur des relations européennes et internationales au Cirad.

Cette conférence est un événement très attendu pour les acteurs de la recherche agronomique et les bailleurs de fonds. Quel en est l’enjeu ?

Jean-Luc Khalfaoui : Le maître mot de la conférence est le « partenariat ». Il s’agit d’optimiser les recherches menées en agronomie sur le plan international par une plus grande coopération entre tous les acteurs de la recherche privée, publique et de la société civile. L’urgence est là. Que cela soit sur le thème du changement climatique ou de la sécurité alimentaire, les questions se posent désormais au niveau mondial. Et personne n'est capable d'y répondre à lui seul. Il faut donc pouvoir s'y attaquer d’une manière coordonnée et cohérente. C’est là tout l’enjeu de cette conférence. Elle constitue à la fois l’aboutissement de quinze années d’évolution du GFAR* et des quinze centres du CGIAR** et la condition sine qua non à la pérennité de la recherche agricole mondiale.
Gagner en efficacité signifie mettre à profit la complémentarité des compétences des acteurs de la recherche et à en minimiser les redondances. Il s’agit en premier lieu de se mettre d’accord sur les contenus de recherche à mener pour répondre aux défis. Cela implique également de mieux organiser cette recherche. Pour cela, il est prévu de lancer de grands programmes mondiaux de recherche ou méga-programmes. Il est donc absolument nécessaire de mettre en place un partenariat ouvert à un plus grand nombre d’acteurs, porteurs également de cultures différentes. C’est notamment une demande forte des pays du Sud qui souhaitent que leurs structures de recherche soient mieux intégrées dans le processus de recherche agricole internationale.

Comment le système français de recherche agricole s’intègre-t-il dans celui de la recherche agronomique internationale ?

J.-L. K. : La France dispose depuis plus de vingt ans d’une commission de la recherche agricole internationale, la Crai, une plateforme de discussions entre les institutions de recherche et leurs ministères de tutelle. Elle permet d’établir, sur chaque problématique, une position cohérente de la France à l’international. C’est un avantage majeur par rapport à d’autres pays et une particularité de la France. En outre, la France inscrit résolument son action dans un partenariat européen de plus en plus renforcé au niveau de la recherche agricole pour les pays du Sud. Dans ce secteur, l'Europe pèse la moitié de l'effort mondial en termes financiers et de capacité de recherche. Enfin, depuis 2009, le système français de recherche agronomique s’est doté d’une nouvelle entité, le consortium Agreenium, permettant de mieux mobiliser les capacités de recherche mais aussi de formation de ses membres. Il associe le Cirad, l’Inra, AgroParisTech, Agrocampus Ouest, Montpellier SupAgro et l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. L’IRD, avec notamment l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) vient compléter efficacement le dispositif. La France est ainsi prête à mobiliser ses forces de recherche et de formation à l’international.

Comment le Cirad contribue-t-il à la démarche ?

J.-L. K. : Parmi nos dispositifs de recherche prioritaires récemment identifiés, deux associent des centres du CGIAR, le Cifor et l’Africa Rice. Ces dispositifs permettent de mieux répondre à la fois à des questions régionales et à des questions globales. Le Cirad a également été fortement impliqué dans les consultations organisées au niveau de chaque continent par le GFAR pour préparer la conférence. Dans ce cadre, un représentant de l’établissement a contribué aux discussions sur les priorités de recherche. Ces représentants ont ainsi relayé les propositions à la fois du Cirad, de la France et de l’Europe.
Concernant les contenus de recherche, le Cirad, l’IRD et l’Inra vont proposer, lors de la conférence, une contribution dans le cadre d’une initiative mondiale de recherche sur le riz. Cette dernière est portée par trois centres du CGIAR – l’IRRI, AfricaRice et le CIAT.
Les problématiques liées à l’agriculture dans le contexte du changement climatique ont par ailleurs déjà suscité la création d’une initiative de programmation conjointe européenne. Celle-ci est soutenue par l'Inra et le Cirad. Dans ce domaine, il sera donc également nécessaire de trouver un mode de partenariat ouvert avec les centres du CGIAR concernés.

Concrètement, quelle devrait être la suite de cette conférence ?

J.-L. K. : Cette conférence devrait déboucher sur une véritable coalition mondiale de la recherche contre la faim, la pauvreté et pour la protection de l'environnement et inclure un "Plan Marshall" pour la formation des partenaires de recherche du Sud. Ces derniers doivent pouvoir répondre à ces défis qui sont les leurs et les nôtres.
On saura rapidement si ce but est atteint : la concrétisation en termes de programmes de recherche devrait être rapide. La première étape sera de poser les éléments de référence pour que tout le monde puisse prendre des décisions à partir d'une vision partagée du chemin à suivre. C’est en quelque sorte le même processus que celui du Giec. Ensuite, le but est de déboucher rapidement sur des actions opérationnelles. On saura très vite, dans l’année à venir, si de ces discussions émergent des projets de recherche. Les bailleurs ont d’ailleurs demandé la mise en œuvre de trois méga-programmes dès 2010.

Propos recueillis par Elsa Bru

* Forum mondial de la recherche agricole

** Groupe consultatif de la recherche agronomique internationale

Organisation de la recherche agronomique pour le développement

La recherche agronomique pour le développement est le secteur de la recherche pour le développement le plus structuré au niveau mondial, par rapport par exemple à la recherche médicale ou la recherche sur les énergies. Le Groupe consultatif de la recherche agronomique internationale (CGRAI) a été créé en 1975. Regroupant de nombreux pays donateurs et fondations privées, il finance les activités de quinze centres de recherche – les centres du CGIAR – dans le monde. Il a pour rôle de catalyser les recherches menées sur des thématiques d’enjeux mondiaux. Dès 1995, sous l'ombrelle du Forum mondial de la recherche agricole (GFAR), le système international s’est organisé, avec un rôle très actif mené par le France. Des forums, tels que le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), ont été créés par continent – Amérique latine, Afrique, Asie, Europe, etc. et plus récemment Amérique du Nord. Ils associent tous les partenaires – institutions publiques, privées et acteurs de la société civile. Depuis lors, ce système est en évolution. En 2008, une réforme du CGIAR a débuté avec pour but d’obtenir des résultats opérationnels de plus grande efficacité et d’ouvrir le partenariat.

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