François Roger
Bangkok, Thaïlande
Courriel
06/01/2010 - Article
Aux côtés des pays de l’Asie du Sud-est, la Chine constitue un pays stratégique dans le domaine de la santé animale. Le Cirad y développe depuis 2005 des activités de formation et d’expertise. Dans la continuité de cette activité, la Chine intégrera bientôt le réseau régional de gestion des risques épidémiologiques émergents en Asie du Sud-est (Grease) du Cirad, en cours de création. Entretien avec François Roger, épidémiologiste au Cirad.
Depuis quelques années, le Cirad développe, en Chine, des activités de formation et d’expertise dans le domaine de l’épidémiologie, alors qu’il n’existe pas de lien coopération historique avec ce pays dans le domaine de la santé animale. Pourquoi cette démarche ?
François Roger :
La surveillance des maladies dans un pays permet notamment de diminuer le risque de propagation pour les pays frontaliers ou les autres continents. Or, la chine réunit plusieurs facteurs de risque d’émergence. Les terrains de ce pays combinent des changements écologiques et des densités humaines et animales exceptionnelles liées à des pratiques d’élevage intensives. Les modifications environnementales, les rapprochements hommes/animaux, tout comme l’accroissement des échanges internationaux ou de l’urbanisation sont à l'origine d'émergences de maladies par essence transfrontalières comme le SRAS, la grippe aviaire, des maladies porcines émergentes, etc. Enfin, le pays constitue un" réservoir" très important en pathogènes et fournit en animaux (marchés, mouvements d'animaux vivants etc.) une bonne partie de la zone du sud-est asiatique. Etudier les maladies dans le sud-est asiatique ne peut donc se faire sans intégrer la Chine.
Par ailleurs, les laboratoires scientifiques chinois sont très compétents dans le domaine des biotechnologies ou de la biologie moléculaire. Ils sont par contre demandeurs de formations en épidémiologie, notamment appliquée, pour améliorer leur capacité de surveillance et d’analyse des risques.
Quelles sont les activités que le Cirad développe actuellement en Chine ?
F. R. :
En Chine, à la fois sur le continent et à Hong Kong, nous menons des activités de formation, en partenariat avec SupAgro Montpellier, d’expertise et de développement de collaborations grâce en particulier à la FAO et l’Institut Pasteur. Il s’agit, à terme, de monter des projets de recherche dans le domaine de l'épidémiologie et de l'écologie. Nous travaillons à la mise en place d’une future collaboration avec l'Institut Pasteur de Hong Kong sur les grippes, dont la grippe porcine. En septembre et octobre 2009, nous avons également mené une mission d'expertise et d'appui dans le domaine de la vaccination anti-grippe H5N1. Les grippes constituent la porte d'entrée principale mais nous nous intéressons aussi à d'autres maladies animales et transmissibles à l'homme. Un contrat d'un an avec la FAO-Chine nous engagera notamment dans la formation continue d’épidémiologistes chinois.
Ces activités nous permettent in fine de développer nos contacts et nos liens avec les universités et les centres de recherche chinois. L’idée, à moyen terme, est d’aider ces partenaires chinois à trouver leur place dans une logique de réseau régional et de projets de recherche.
Le réseau Grease, de gestion des risques épidémiologiques émergents en Asie du Sud-Est est en cours de création sous la houlette du Cirad. Comment la Chine y sera-t-elle associée ?
F. R. : Le réseau régional Grease comprend pour le moment le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam. C’est un réseau de compétences en partenariat que le Cirad est en train de créer. La Chine, puis le Laos, devraient intégrer le réseau par la suite, cela va se faire progressivement. De même que des pays de l’Asie du sud-est insulaire pourront à terme participer à ce réseau. Les partenaires chinois, notamment des provinces sud, frontalières des pays d'Asie du Sud-est, participeraient aux premières réunions régionales, à Bangkok, dès 2010. Puis, à partir de 2011, ils pourraient être associés à une démarche de développement de projets de recherche. Le réseau permet de catalyser cela via des réunions, des ateliers, des missions. Nous continuerons également nos interventions en Chine avec en particulier un plan de formation en épidémiologie, sur un an, ce qui permettra de développer et de renforcer nos contacts.
Propos recueillis par Elsa Bru