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Noix du Brésil (cosse, noix en coque et amande) © Catherine Brabet

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Noix du Brésil : exporter à nouveau vers l’Europe

06/05/2009 - Article

L’an 2000 a sonné le glas des exportations de noix du Brésil en coque vers l’Europe. En cause : trop d’aflatoxines pour les règles de sûreté alimentaire en vigueur dans l’Union. Les résultats d’un projet coordonné par le Cirad pointent les éléments à revoir pour exporter à nouveau vers l’UE.

Entre 2000 et 2004, les exportations brésiliennes de noix du Brésil en coque, essentiellement dirigées vers l’Union européenne, ont chuté de près de 90 %. La raison : en 1999, la réglementation européenne a été renforcée en abaissant les taux autorisés en aflatoxines. Ces toxines, reconnues pour leurs effets cancérigènes chez l’homme, sont produites par des moisissures qui contaminent les noix. En outre, à partir de 2003, l’Europe a imposé des contrôles systématiques des lots en provenance du Brésil, ceux-ci devant être réexpédiés ou détruits en cas de non-conformité. Une seule solution pour récupérer le marché européen : prévenir et maîtriser la production des aflatoxines. Le projet Safenut, financé par le Fonds pour l'application des normes et le développement du commerce (FANDC) et coordonné par le Cirad, a permis de déterminer les points critiques concernant la croissance des champignons et la production des aflatoxines tout au long des filières actuelles. Il propose également des recommandations quant aux bonnes pratiques de production.

Un séchage efficace des noix après la collecte en forêt et un temps de stockage réduit

Les travaux ont été réalisés au Brésil dans le cadre de deux filières sélectionnées dans les principaux états producteurs et exportateurs de noix : l’Acre et le Pará, situés respectivement à l’ouest et à l’est de la région amazonienne. Les chercheurs ont évalué l’efficacité des pratiques actuelles destinées à maîtriser la production des aflatoxines. Ils ont analysé toutes les étapes de la filière, de la collecte des noix au pied de l’arbre dans la forêt à la phase industrielle où les noix en coque séchées et sélectionnées sont prêtes à être exportées. Résultats : la présence d’aflatoxines à des taux élevés provient d’un séchage insuffisant des noix suivi d’un stockage sur plusieurs mois en forêt dans les communautés de producteurs avant leur transport vers les sites industriels. Les techniques utilisées – séchage au soleil ou par circulation d’air naturel – conduisent en effet à des teneurs en eau optimales pour la production des aflatoxines pendant le stockage. Lors des étapes précédentes, les taux de toxines sont généralement inférieurs aux limites européennes. Lors des étapes ultérieures, en industrie, les noix en coque sont déjà fortement contaminées, et les étapes de sélection ne sont pas efficaces pour réduire les aflatoxines (les noix doivent être décortiquées).

Comment donc améliorer le système ? Dans les communautés de producteurs, les chercheurs ont proposé de tester des séchoirs simples, adaptés aux conditions amazoniennes et permettant de sécher efficacement les noix après leur collecte. Le temps de stockage doit également être réduit. L’autre solution est de transporter les noix dans les 10 à 30 jours suivant leur collecte vers les usines où le séchage est efficace. En outre, « les zones de production sont éloignées des centres industriels et souvent difficiles d’accès », indique Catherine Brabet, responsable du projet au Cirad. Il convient donc de sélectionner des zones proches des industries qui sont plus particulièrement dédiées à la production en vue de l’exportation vers l’Europe. Les chercheurs ont par ailleurs développé des modèles statistiques permettant de prédire la production des toxines en fonction de facteurs environnementaux et écologiques.

Des propositions partagées et discutées avec les acteurs de la filière

Le projet Safenut a également permis de valider une méthode d’analyse des taux d’aflatoxines rapide, fiable, peu coûteuse et simple d’utilisation par les industries de la filière. « Cette méthode doit pouvoir être utilisée par les acteurs de la filière pour surveiller les taux d’aflatoxines tout au long de la chaîne de production , précise Catherine Brabet. Plutôt que d’effectuer un contrôle unique du produit final, ils peuvent alors décider, en cours de route, du devenir et du traitement des lots de noix ». Des industriels brésiliens, mais aussi boliviens et péruviens, ont été formés à cette méthode. Ils ont également, de même que des producteurs, été sensibilisés aux bonnes pratiques de production. « Ces formations ont constitué une partie intégrante du projet , souligne Catherine Brabet. Elles ont permis de diffuser et de mettre en débat les propositions formulées par les chercheurs ». Par ailleurs, l’atelier final du projet, a permis à la Commission européenne, avec la participation d’un de ses représentants, de mieux comprendre la complexité de la filière ainsi que les problèmes de contamination par les aflatoxines pour aborder, à l’avenir, les questions relatives au commerce des noix.

Enfin, sur la base de ces résultats, le comité du Codex sur les contaminants dans les aliments a proposé de réviser le guide de bonnes pratiques du Codex Alimentarius en prenant en compte les recommandations du projet Safenut. Ce guide suggère notamment jusqu’alors de sécher les noix au soleil ou par circulation d’air naturel. Force est de constater que cette recommandation n’est pas suffisante.

Le projet Safenut a été financé par le Fonds pour l'application des normes et le développement du commerce (FANDC) pour une durée de deux ans et demi (juin 2006 – nov. 2008).

  • Catégories : Science

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