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  • Madagascar : espèces invasives

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Le caractère invasif de Jacaranda mimosifolia est observé dans l’arboretum d’Ambohikely, au Lac Alaotra (cliché : parc de Tsimbazaza, Antananarivo) © Cirad, Jacques Tassin

Photo

Acacia dealbata, très invasif à Madagascar, constitue néanmoins une ressource en bois de feu © Christian Kull

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Madagascar : détection d’espèces forestières potentiellement invasives

11/05/2009 - Article

Sur l’île de Madagascar, des chercheurs du Cirad et leurs partenaires malgache et australien ont listé 21 espèces potentiellement invasives. Selon eux, certaines espèces productives peuvent néanmoins revêtir un intérêt économique non négligeable pour des populations démunies.

Madagascar fait partie des dix-sept pays qui concentrent à eux seuls 80 % de la biodiversité mondiale. L’île abrite notamment 12 000 espèces de plantes, parmi lesquelles 70 à 80% sont endémiques. Cette biodiversité est cependant aussi caractérisée par une certaine fragilité : en raison du caractère insulaire de l’évolution de ces trésors, la concurrence avec les espèces invasives est rude.

Plus de 400 espèces d’arbres et arbustes forestiers ont été introduites dans un réseau d’arboretums de l’île, essentiellement au cours des années 1950. Des chercheurs du Cirad et leurs partenaires malgache et australien ont étudié cette liste afin de déterminer les espèces les plus susceptibles de devenir invasives et qui pourraient se révéler dès lors dangereuses pour la préservation de la biodiversité. Ils ont examiné le nombre d’arboretums dans lesquels chacune de ces essences forestières a été localement introduite. L’attention a été portée sur les espèces réputées invasives dans au moins deux autres pays, soit vingt-et-une espèces. Parmi celles-ci, neuf sont invasives dans au moins trois pays et douze autres dans au moins deux pays. Confrontées aux observations de terrain, ces résultats montrent que cinq espèces présentes dans ces arboretums sont susceptibles de s’étendre, au détriment de la végétation indigène et de la biodiversité qu’elle recouvre.

Pour les chercheurs, l’homme et ses activités restent néanmoins au cœur du débat. En effet, le désir de diversification des revenus induit souvent l’introduction d’organismes vivants mieux adaptés et plus performants. Ce processus, on le sait, se traduit parfois par des invasions inattendues et dommageables pour la conservation de la biodiversité. Mais pointer du doigt un coupable ne suffit pas, encore faut-il peser le pour et le contre d’une invasion. Celle-ci, représentée par une espèce introduite dans une fonction de production (bois, fruits, fourrage), peut en effet s’avérer utile pour des populations démunies, et présenter dès lors un intérêt économique. Elle peut aussi apporter des services environnementaux tels que concourir à réduire l’érosion. Sur les Hautes Terres de Madagascar, Acacia dealbata , par exemple, colonise et enrichit spontanément les jachères dont elle améliore alors la fertilité, offrant de surcroît du bois de feu aux agriculteurs et protégeant les collines du ravinement.

Face au phénomène croissant d’invasions de plantes, un plan de gestion s’impose à toutes les échelles d’un pays comme Madagascar.. Pour les chercheurs, il est nécessaire de hiérarchiser, puis de mettre en œuvre des actions de communication, de recherche, de détection précoce et de lutte préventive en vue de limiter l’émergence de nouvelles invasions. S’il s’agit d’une invasion déjà avérée, il convient alors de fournir des éléments de diagnostic qui ne reflètent pas seulement son impact sur la biodiversité, mais également celui sur l’ensemble des biens de production et des services environnementaux.

Une version longue de cet article a été publiée dans le N° 299 de la revue Bois et forêts des tropiques .

Références bibliographiques

Tassin J., Bellefontaine R., Roger E., Kull C., 2009. Evaluation préliminaire des risques d’invasion par les essences forestières introduites à Madagascar. Bois et forêts des tropiques, 299: 27-36

Tassin J., Rakotomanana R., Kull C., 2009. Gestion paysanne de l'invasion de Acacia dealbata à Madagascar. Bois et forêts des tropiques, sous presse.
Kull, C. A., Tassin J., Rambeloarisoa, G., Sarrailh, J.-M., 2008. Invasive Australian acacias on western Indian Ocean islands: a historical and ecological perspective. African Journal of Ecology, 46(4): 684-689.

Kull C., Tassin J., Rangan H., 2007. Multifunctional, scrubby, and invasive forests? Wattles in the highlands of Madagascar. Mountain Research and Development, 27(3): 224-231.

  • Catégories : Science

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