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Renaud Lancelot, épidémiologiste et coordinateur du projet Eden

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  • Conférence Climat 2009

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Renaud Lancelot : « Le changement climatique n'est qu’un des facteurs des maladies émergentes »

11/12/2009 - Article

On admet communément que les maladies émergentes sont associées aux changements climatiques. Les résultats du projet Eden (Emerging diseases in a changing european environment ) nuancent fortement cette idée. Entretien, à l’occasion de la conférence sur les changements climatiques de Copenhague, avec Renaud Lancelot, épidémiologiste du CIRAD, et coordinateur du projet.

On constate une recrudescence des maladies émergentes, souvent d’origine animale. Comment cette recrudescence est-elle évaluée ?

Renaud Lancelot : Il y a en effet une augmentation de la fréquence des maladies émergentes. Elle est observée sur le long terme. Ainsi, dans la décennie 1940-1950, une vingtaine de tels événements ont été enregistrés, alors qu’il y en a eu plus de 80 dans la décennie 1980-1990. La plupart de ces maladies ont des réservoirs animaux, et certaines atteignent l’animal et l’homme : ce sont des zoonoses.

Quels sont les facteurs responsables de cette recrudescence, et notamment, quel est le rôle des changements climatiques ?

R. L. : Au lancement du projet Eden, il y a cinq ans, l’idée dominante était que ces maladies étaient liées aux changements environnementaux, dont notamment le changement climatique. La réalité est plus complexe. Bien sûr, les changements climatiques jouent un rôle, mais pas forcément de la manière ni dans le sens que l’on pouvait imaginer naïvement. Les travaux entrepris dans Eden ont permis de décortiquer l’influence des changements climatiques pour certaines de ces maladies, et de les mettre en perspective, à petite et grande échelles, avec les autres changements. Parmi ces derniers, il y a notamment l’interaction entre l’homme et les écosystèmes dans lesquels il vit : la mise en culture ou en jachère des terres, la déforestation ou même l’augmentation des surfaces boisées, comme c’est parfois le cas en Europe. Les forêts favorisent en effet la présence des petits et grands mammifères (rongeurs, chevreuils…). Ces derniers sont parasités par des tiques elle-même vectrices de maladies des animaux et de l’homme.

Mais un des principaux facteurs expliquant la transmission de ces maladies à l’homme est la pauvreté, ou plus généralement les conditions socio-économiques précaires. La fièvre hémorragique de Lassa, qui sévit en Afrique de l’Ouest, en est un bon exemple. Cette maladie est due à un virus hébergé par un rongeur et excrété dans ses urines et fèces, contaminant ainsi le milieu environnant. Elle affecte deux millions de personnes chaque année, et cause 5 à 10.000 décès. La distribution géographique du virus est gouvernée par des facteurs climatiques, comme différentes caractéristiques de la pluviométrie et dans une moindre mesure, de la température. Mais la maladie chez l’homme ne se manifeste pas partout où le virus est présent. Les épidémies se déclenchent surtout dans les régions frappées par les troubles sociaux, comme les camps de réfugiés, où le contact entre l’homme et les milieux souillés par les rongeurs sont plus forts.

Dans des conditions radicalement différentes, la Finlande doit faire face à une autre maladie virale transmise par des rongeurs : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). Dans ce cas, les changements climatiques aboutissent à des hivers plus doux que par le passé, avec un couvert neigeux moins important et de la pluie qui inonde les terriers des rongeurs. Ceux-ci se réfugient dans les habitations et les abris construits par l’homme, ce qui augmente le risque d’infection humaine. La Finlande a ainsi connu un pic épidémique record pendant l’hiver 2008-2009, avec 3.500 cas de FHSR pour une population totale d’un peu plus de 5.000.000 d’habitants.

Quelles sont les régions les plus exposées à cette recrudescence des maladies émergentes ?

R. L. : L’Afrique est très exposée, de même que certaines régions d’Asie et d’Amérique du Sud. Pour l’Afrique, le golfe de Guinée ou le bassin du lac Victoria sont des zones à haut risque. D’autre part, le bassin méditerranéen, le Sahel et l’Afrique australe seront particulièrement fragilisés par les changements climatiques. On peut s’attendre à l’abandon de certaines régions devenues impropres à l’agriculture, et à des concentrations humaines dans d’autres régions plus épargnées, accroissant ainsi le risque de contact avec des pathogènes émergents. De plus, des régions actuellement en équilibre épidémiologique, du fait d’une exposition régulière aux agents pathogènes, risquent de connaître des ruptures de ces équilibres et de connaître des épisodes épidémiques. On craint un phénomène de ce type avec le paludisme dans la bande sahélienne de l’Afrique.

Il faut toutefois souligner que notre connaissance des aspects biologiques et écologiques des cycles épidémiologiques reste limitée dans de nombreux cas. L’approche du projet Eden est de s’appuyer sur la connaissance de ces processus pour aboutir à des modèles prédictifs utilisables pour focaliser la surveillance, et évaluer les chances de réussite de méthodes de contrôle des maladies. Cela suppose de disposer de données sanitaires de bonne qualité. Beaucoup reste à faire en Afrique dans ce domaine, y compris pour améliorer le diagnostic des maladies et la collaboration avec les laboratoires internationaux de référence. Les ressources humaines, les plateformes technologiques doivent être renforcées considérablement. Le Cirad et ses partenaires français et européens ont un rôle important à jouer dans cette dynamique, en synergie avec les réseaux régionaux de surveillance et les organisations internationales.

Propos recueillis par Elsa Bru

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