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  • Questions à Jacques Weber

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Jacques Weber, économiste de la biodiversité © UQAM

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  • Rapport Chevassus-au-Louis

    sur l'approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes (Avril 2009)

  • TEEB - L'Économie des écosystèmes et de la biodiversité

    Un des trois projets européens de l'Initiative pour une économie verte, lancée par le Programme des Nations-unies pour l'environnement (PNUE)

Vidéo

Jacques Weber : biodiversité et économie
Une vidéo publiée par le site www.planete-nature.org de la Fondation Nicolas Hulot

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Jacques Weber : « Conserver la disponibilité des services offerts par la nature est vital »

09/06/2009 - Article

A l’occasion de la sortie du rapport Chevassus-au-Louis sur l’approche économique de la biodiversité, auquel il a participé, Jacques Weber, économiste au Cirad, rappelle qu'« il n’est pas question de mettre un prix à la nature. » Conserver la disponibilité des services que nous fournit celle-ci constitue en revanche une innovation majeure.

Le rapport Chevassus sur l’approche économique de la biodiversité a récemment été publié. Quel en est le message principal ?

Jacques Weber : Le rapport fait émerger l’idée d’un coût de la maintenance de la biodiversité. Attention, il ne s’agit en rien de mettre un prix à la nature. En effet, la biodiversité, ce n’est pas une liste d’espèces et de variétés mais plutôt les interactions existant entre les organismes vivants. Conserver la disponibilité des services qui nous sont vitaux et qui sont issus de ces interactions, c’est l’innovation majeure du travail de ce groupe. C’est un changement d’angle de vue fondamental qui, en France, n’en est qu’à ses balbutiements. Le groupe a divisé les choses en deux : une biodiversité remarquable, voire « remarquée » sur laquelle il est hors de question de poser une étiquette de prix ; et une biodiversité ordinaire, dite fonctionnelle, qui est le support de toute notre activité et plus largement de toute notre existence. Par exemple, s’il existe un projet de construction d’une autoroute, lequel mènera à la destruction des aquifères, il sera nécessaire de connaître le coût permettant soit de restaurer ou de conserver ces aquifères, ce qui implique, pour les promoteurs, de trouver une solution et de la chiffrer. Dans ce cadre, le groupe de travail a toutefois accepté de donner une valeur arrêtée mais uniquement pour les forêts.

Quelles sont les recommandations les plus importantes du rapport ?

J.W. : Il s’agit donc en premier lieu de ne pas donner de prix aux éléments de la nature mais à la maintenance de ses services dont les humains bénéficient gratuitement. Une discussion de la valeur ne doit en outre émerger qu’en dernier recours. Ensuite, le rapport préconise de disposer d’une autorité de régulation … détailler. Enfin, la recherche doit se tourner vers des modèles dynamiques et non plus statiques de la biodiversité… détailler. Cette réflexion fondamentale l’est plus encore pour l’outremer et les pays du Sud car si l’on refuse de mettre des prix sur les espèces, on modifie complètement l’approche de la relation entre les sociétés et les milieux. En s’attachant à la valeur d’une espèce, on est dans l’instantanée. Si c’est la maintenance des interactions entre les espèces qui prévaut alors on est dans le structurel et on peut envisager la pérennité des services ecosystémiques.

Comment ces recommandations prennent-elles place dans l’agenda international ?

J.W. : Le rapport constituera la contribution française à l’étude mondiale de l’économie des écosystèmes et de la biodiversité menée par l’économiste Pavan Sukhdev (TEEB). L’étude est attendu pour 2010. Par ailleurs, lors de la réunion du G8 à Syracuse en avril dernier, la question de reconnecter les luttes contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité a justement été discutée. N’oublions pas non plus les déclarations internationales engageant les Etats à enrayer l’effondrement de la biodiversité d’ici 2010, objectif qui, à l’heure actuelle, semble inatteignable. Enfin, les éléments du rapport trouveront certainement leur place dans le cadre de la future plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, l’Ipbes, sorte de Giec de la biodiversité.

Concrètement, quelle suite donner au rapport ?

J.W. : Les politiques publiques dans le domaine de la biodiversité étaient jusqu’alors basées sur des opinions. Aujourd’hui, avec ce rapport, on dispose d’un état des lieux complet des méthodologies existantes. Il faut également noter que le rapport a été entériné par des experts issus de différents domaines et secteurs professionnels. Cette pluridisciplinarité confère une forte légitimité à son contenu. Nous allons dès à présent suivre de près les débats ou les négociations qui auront lieu.

Propos recueillis par Elsa Bru

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